Vendredi au petit matin, les forces de l'ordre ont lancé une opération pour lever le blocage de l'université de Tolbiac à Paris. Une centaine de CRS a évacué la tour occupée depuis près d'un mois, devenue le symbole de la mobilisation contre la réforme de l'accès à l'université.

Les CRS évacuent l'université de Tolbiac, ce 20 avril 2018
Les CRS évacuent l'université de Tolbiac, ce 20 avril 2018 © AFP / CHRISTOPHE SIMON

L'opération a commencé aux alentours de 5h du matin ce vendredi : au moins une centaine de CRS est intervenue sur le site de l'université de Tolbiac, dans le XIIIe arrondissement de Paris, place forte de la mobilisation étudiante contre la réforme de l'accès à l'université. Une intervention qui était demandée depuis le 9 avril dernier par le président de l'université Paris-1, Georges Haddad.

Les occupants des lieux ont fait sonner l'alarme quelques minutes avant le début de l'intervention policière, certains se retranchant à l'intérieur alors que d'autres tentaient de fuir. Mais la rue longeant cette tour de 22 étages, qui était occupée depuis le 26 mars, était également bouclée par les forces de l'ordre. 

"Ils arrivent"

A 7h du matin, les CRS étaient en rang derrière les grilles de l'université, selon les constatations de notre journaliste sur place, chaises et tables à leurs pieds, comme des traces de l'occupation. Les étudiants racontent une intervention rapide, en quelques minutes, à 5h du matin : "_Nous dormions dans l'amphithéâtre quand quelqu'un est entré en criant "Ils arrivent"_. Nous ne savions pas trop, à moitié endormis, ce qu'il se passait et de qui on parlait", raconte l'un d'entre eux.

Les CRS sont entrés dans l'amphithéâtre équipés de matraques et de gaz au poivre. Selon l'une des étudiantes, certains des jeunes occupants ont pris des coups : "_Ils étaient peut-être une centaine, nous une quarantaine à dormir là pour protester contre la réforme_, avec au ventre une crainte tenace de voir une sélection se mettre en place". "C'est dur", glisse une autre jeune fille. Mais son amie l'arrête : "Ce n'est pas ce qui nous arrive ce matin qui va nous arrêter, nous allons nous organiser". 

Évacuation dans le calme, une interpellation

"A 6h, plus aucun étudiant ne se trouvait dans les locaux" de l'université, a annoncé la préfecture de police de Paris dans un communiqué. L'évacuation s'est essentiellement déroulée dans le calme, assure la préfecture : "Nous n'avons pas observé de résistance, l'opération a été menée comme prévu avec maîtrise et calme, selon un dispositif approprié qui a garanti le rapport des forces", explique le préfet de police Michel Delpuech. Seule une personne a été interpellée pour "outrage et rébellion". 

"Il y avait un manquement à l'état de droit, des dégradations à l'intérieur du site, des conditions de sécurité qui pouvaient être fragiles, et de plus en plus des effets d'ordre public dans le quartier, avec des affrontements au moins à deux reprises avec des groupes extérieurs ; il était temps de mettre fin à cette situation de non-droit", justifie le préfet de police. Dans un tweet, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb s'est félicité de cette intervention. 

Selon la police, "des dégradations nombreuses et de diverses natures sont en cours de constatation". Lorsque le président de l'université avait demandé l'évacuation des lieux début avril, la police n'avait pas immédiatement donné suite, et avait évoqué une "appréciation technique" et un besoin de préparer l'opération. 

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