Désormais, c'est devenu l'insulte suprême. En tout cas chez les politiques. Parce que chez les gens normaux, on se balance rarement ce mot-là à la figure. Si on se fait doubler à la caisse de la supérette par une vieille dame avec son caddie – celle qui a déjà voulu nous piquer le dernier album de Demis Roussos à la FNAC, on ne lui dit pas : « dites donc, vous allez bientôt arrêter avec votre posture ! » Non. On lui dit : « dites donc, ça vous dérange pas de passer devant tout le monde ? » On s'engueule avec sa copine parce qu'on n'est pas d'accord sur le programme télé, là non plus on ne dit pas : « tu m'énerves avec ta posture ! » On dit : « de toute façon, c'est moi qui ai la télécommande ! Et puis ça me détend, Patrick Sébastien le samedi soir ! » « Puisque c'est comme ça, je vais me coucher ! » « Ben non ! » « Ben si... » « Et tu peux rester dormir dans le salon ! » Dans ce cas-là, on peut dire que l'on est en mauvaise posture. Voire en très mauvaise posture... Dans le langage courant, il y a donc plusieurs types de postures : la bonne, la très bonne, la mauvaise et la très mauvaise... Sans compter les postures de base du yoga : le poisson, la sauterelle, la pince, la demi-pince, la chandelle, la demi-chandelle, le triangle, la charrue, le cobra. Au niveau des appellations, ça fait un peu Kâma-Sûtra. Sauf que dans le Kâma-Sûtra, ce sont des positions, pas des postures. Posture du poisson... Posture de la charrue... Posture du cobra... Psss ! Et posture de François Fillon, si l'on en croit Jean-François Copé, qui a donc dénoncé « la posture » du Premier ministre à propos du débat sur l'islam et la laïcité. Copé dénonce « la posture » de Fillon... Fillon dénonce « la posture » de Copé. Les Sarkozistes dénoncent « la posture » de Dominique de Villepin... Les Strauss-Khaniens dénoncent « la posture » de Jean-Luc Mélenchon. Non pas la bonne, ni la mauvaise posture, mais la « posture » tout court. Sous-entendu : la position. Enfin disons le positionnement. Ou plutôt la pose. Quand on moque « la posture politique » de quelqu'un, c'est son côté « poseur » que l'on pointe. Son côté hypocrite. On n'est jamais très franc ni naturel lorsque l’on prend la pose. Vous faites une séance de photos pour un grand magazine. Tout nu. Avec Demis Roussos et Patrick Sébastien. Ça peut arriver… Ben vous n'êtes pas à l'aise. C'est normal. Et vous avez du mal à rester naturel… Surtout quand Patrick vous met la main sur l'épaule et vous demande « tu connais la posture du cobra ? »... Vous reculez d'un pas et butez alors sur Demis qui, lui, vous annonce tout sourire : « De toute façon, c'est moi qui ai la télécommande ! » Bref, quand on prend la pose, on n'est jamais vraiment soi-même. Y'a quelque chose d’un peu malhonnête. Parce qu’on cherche avant tout à faire bonne figure. Après tout, c’est une photo : on ne va pas non plus faire tirer la tronche. Eh bien c'est la même chose avec la posture... Là également, on essaye de faire bonne figure. Qui, soit dit en passant, n'a strictement rien à voir avec la Poste ! La Poste dont le grand plaisir est de nous apporter des courriers déplaisants. Un ‘facteur’, des ‘factures’. Un ‘posteur’. Des ‘postures’ ! Et finalement il est sans doute là, le sens profond du terme... En fait, c'est le mot « imposteur » que suggère le mot « posture »... Lorsque l'on dit « la posture », on entend « l'imposture » et c'est pour ça qu'il s'est vexé, François Fillon ! Dans le milieu politique, évoquer « la posture » de quelqu'un, c'est un peu le traiter d'escroc. Copé aurait bien aimé traité directement Fillon d’escroc, mais dire escroc c’est trop violent, donc il a dit « posture »… « Posture ! » « Posture toi-même ! » « Poisson ! » « Sauterelle ! » « Cobra ! » Psss ! Sinon, vous connaissez la position de la télécommande ?

Chronique (« Gimmick ») du 01/04/2011 dans « Comme on nous parle » :

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