Paris, Lyon, Saint-Étienne, Poitiers, Amiens, Annecy... Plusieurs rassemblements avaient lieu mardi pour dénoncer la précarité étudiante, après la tentative de suicide par le feu d’un étudiant de l'université de Lyon-2 vendredi. La grille du ministère de l'Enseignement supérieur a été endommagée en début de soirée.

Plusieurs centaines de manifestants réunis ce 12 novembre devant le CROUS de Lyon
Plusieurs centaines de manifestants réunis ce 12 novembre devant le CROUS de Lyon © Radio France / Joël Philippon

Le jeune homme se trouve encore entre la vie et la mort, quatre jours après son geste désespéré. Vendredi 8 novembre, un étudiant en sciences sociales, originaire de Saint-Étienne, s’est aspergé d’essence avant d’y mettre le feu, devant le bâtiment du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) de l’université de Lyon-2. 

Un geste politique, a-t-il justifié dans une lettre postée sur Facebook, dans laquelle il dénonce la précarité étudiante et l’accroissement des inégalités. Ce mardi 12 novembre, ses camarades et d'autres étudiants se sont rassemblés devant les Crous de Lyon et des autres villes de France, pour "continuer de lutter".

Mardi soir, la grille d'entrée du ministère de l'Enseignement supérieur à Paris a par ailleurs été dégradée par quelques manifestants. Quelques centaines d'étudiants s'étaient d'abord rassemblés dans le calme en début de soirée devant le Crous de Paris, quand la manifestation "s'est transformée en cortège sauvage dans le Quartier latin", selon une source policière à l'AFP. Quelques manifestants sont alors allés jusqu'au ministère de l'Enseignement supérieur, distant de moins de 2 km, et ont "dégradé" la grille d'entrée, selon la même source, ajoutant que le calme est revenu "après l'intervention des forces de l'ordre".

La grille du ministère de l'Enseignement supérieur, endommagée mardi soir.
La grille du ministère de l'Enseignement supérieur, endommagée mardi soir. © AFP / Hans Lucas / Amaury Cornu
Plusieurs tags ont été inscrits sur les murs du ministère comme "Assassins".
Plusieurs tags ont été inscrits sur les murs du ministère comme "Assassins". © AFP / Hans Lucas / Amaury Cornu

Une partie de la grille d'entrée du ministère a été forcée et mise à terre, remplacée dans la soirée par une palissade en tôle, et des tags "La précarité tue", "assassins", "Vidal assassin" ont été inscrits sur des murs du ministère. "L'une des portes d'entrée a été enfoncée, donnant ainsi lieu à une brève intrusion", a confirmé le ministère de l'Enseignement supérieur, dans un communiqué publié dans la soirée. Sur France Inter, Laurent Nuñez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur a "condamné très fermement les violences" commises tout en assurant "comprendre l'émotion légitime".

À Lyon, plusieurs centaines de manifestants

Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère !” C’est la petite amie de la victime qui lance les slogans, dans la manifestation lyonnaise, mardi. Sur les murs du Crous de Lyon-2, les derniers mots de l’étudiant, postés sur Facebook, sont inscrits à la bombe : “Mon dernier souhait, c’est aussi que mes camarades continuent de lutter, pour en finir définitivement avec tout ça.” "Tout ça", c’est la précarité étudiante, la pauvreté des jeunes et l’absence de soutien. “C’est super important”, dénonce une amie de promo du jeune homme. “C’est bien de voir que les gens prennent au sérieux ce qu’il s’est passé, et qu’on comprenne qu’il y a vraiment des revendications derrière. Sur le salaire étudiant, sur les APL (aides au logement), sur les bourses.” 

La précarité, certains en parlent en connaissance de cause. Eliott est le premier de sa famille à pouvoir faire des études. Une famille qui l’aide comme elle peut, mais lui peut tout juste se payer un billet de train de temps en temps pour leur rendre visite. 

“J’ai droit à 250 euros de bourse, et j’ai environ 200 euros de loyer. Après, j’essaie de faire mes courses… Je mange des pâtes. J’en ai un peu marre aussi.”

Eliott raconte qu’il a voulu consulter le service psychologique de son université. Problème : le délai pour obtenir un rendez-vous était de… deux mois. 

Ce malaise étudiant n’est pas anecdotique : 8 % d’entre eux auraient tenté de mettre fin à leurs jours, dénonce la fédération Solidaires étudiant-e-s. Jean-Baptiste milite dans ce syndicat avec le jeune qui s’est immolé. “Le suicide, ça arrive à beaucoup de jeunes, ce n’est pas que des nombres. Ce sont des étudiants qui doivent travailler en plus de la fac, qui doivent compter les centimes pour finir les fins de mois. Il faut dénoncer cela, porter le message dans toute la France, et tirer la sonnette d’alarme auprès du gouvernement.

À Saint-Étienne, le cousin de la victime prend la parole

Dans la ville d'origine de la victime, une centaine d'étudiants se sont rassemblés mardi matin et ont investi l'université stéphanoise pendant quelques minutes, selon nos confrères de France Bleu Saint-Étienne Loire. Le cousin du jeune homme a pris la parole pour lui rendre hommage : "C'était la fierté de la famille. Il avait choisi les sciences politiques pour faire bouger les choses." Le cortège a finalement été dispersé par la police, après s'être dirigé vers le centre de Saint-Étienne.

À Lille, la conférence de François Hollande annulée

Dans le Nord, cette date du 12 novembre coïncidait avec la tenue d'une conférence de François Hollande à la faculté de droit. Un événement finalement annulé, après que des étudiants ont envahi l'amphithéâtre et brandi une banderole "la précarité tue". Plus tôt dans la journée, 300 à 400 manifestants se sont rassemblés devant le Crous et ont défilé dans les rues. 

D'autres manifestations à Poitiers, Pau, Amiens, Montpellier

Ailleurs dans l'Hexagone, d'autres manifestations ont également eu lieu aux abords des universités. À Poitiers et à Pau par exemple, ils étaient une cinquantaine ; une trentaine à Amiens. À Montpellier, l'université Paul-Valéry a publié un message sur son compte Twitter. Elle "appelle ses enseignants à la compréhension envers les étudiants absents cet après-midi, partis témoigner leur solidarité et dénoncer la précarité étudiante.".

Côté politique, le drame de Lyon a également fait réagir dans l'Hémicycle. Cet après-midi, la députée France Insoumise Danièle Obono a accusé le gouvernement d'être responsables de la tentative de suicide du jeune homme. "Monsieur le Premier ministre, la précarité tue. Elle est une composante et une conséquence de vos politiques antisociales. Alors, à partir de combien de mortes et de morts allez-vous y mettre un terme ?"

Réponse de Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse : "Ce qu'il s'est passé à Lyon vendredi dernier est une tragédie. [...] Frédérique Vidal s'est rendue à Lyon dès vendredi dernier pour échanger avec la communauté universitaire, et une enquête est diligentée pour expliquer pourquoi cette situation n'était pas connue de l'université." Gabriel Attal a également rappelé qu'il existe "des aides d'urgence qui auraient peut-être pu l'aider". 

Pas suffisant pour la députée LFI : "[L'étudiant] ne parlait pas des conditions de vie des étudiants : il parlait de vos politiques qui produisent la précarité. De nouveaux morts vont arriver à cause de cette politique." "Pensez à tous les jeunes qui vous écoutent", a répliqué le secrétaire d'État. "Votre responsabilité, ce n'est pas d'attirer ces braises-là et de leur donner le sentiment que ça peut être une solution d'en arriver à un tel acte. Soyez un peu responsable !"

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