En cette période de crise du coronavirus, l'isolement peut être très dur à vivre pour les personnes qui présentent des risques suicidaires, constate Pascale Dupas, présidente de l'association Suicide Écoute, une ligne téléphonique ouverte 24h/24, où n'importe qui peut confier anonymement son mal-être.

À Suicide-Écoute, une cinquantaine de bénévoles se relaient au bout du fil 24h/24, 7 jours sur 7.
À Suicide-Écoute, une cinquantaine de bénévoles se relaient au bout du fil 24h/24, 7 jours sur 7. © Getty / Stockbyte

Aider à chasser les idées noires en période de confinement. Pascale Dupas préside l’association Suicide Écoute, qui propose une écoute téléphonique anonyme : l'une des lignes conseillées par le ministère de la Santé pour les personnes confrontées à une crise suicidaire. Une cinquantaine de bénévoles se relaient au bout du fil, 24h/24, 7 jours sur 7.

Même s'il y a sans doute un "pourcentage supplémentaire", difficile de déterminer si Suicide Écoute enregistre une forte hausse des appels en ce moment car il n'y a qu'une seule ligne (contrairement à SOS Amitié par exemple, qui bat de tristes records). Mais une chose est sûre, constate Pascale Dupas, aussi bénévole "écoutante" pour l'association : le confinement aggrave la situation de personnes déjà fragiles psychologiquement, qui se reposaient sur des activités du quotidien extérieures pour tenir le coup. 

FRANCE INTER : Le confinement a-t-il aggravé la situation de personnes déjà en détresse ?

PASCALE DUPAS : "Au bout du fil, on remarque que ce confinement a un impact supplémentaire sur les personnes déjà angoissées qui, pour beaucoup d’entre elles, sont seules ou aux prises avec des difficultés de la vie quotidienne. Ça peut être lié au fait de ne pas pouvoir aller prendre un café sur la place du village le matin, ne pas pouvoir aller faire une promenade dans la forêt proche, ne pas pouvoir aller faire ses courses… Dans l’ensemble, le confinement aggrave les choses.

Le confinement aggrave la situation, cela pèse encore plus sur elles.

Et puis, les personnes qui souffrent sur le plan psychique, celles qui sont déjà prises en charge par un psychiatre ou un psychologue, ont dans un certain nombre de cas des manières de maintenir des liens sociaux. Certaines participent à des activités proposés par les Centres médico-psychologiques (CMP), comme des groupes de parole, d’entraide, des ateliers théâtre ou de chant… Dans la mesure où toutes ces activités ne sont plus accessibles, on entend une crainte. Certains disent que leurs démons vont revenir, qu’ils sentent que la maladie va reprendre le dessus… Comme si ce qui permettait de tenir le coup n’était plus possible.

Quelques fois, ces personnes peuvent quand même avoir des liens par téléphone avec des médecins, car des télé-consultations sont mises en place par des thérapeutes. Mais pour certains d’entre-eux, ne pas avoir de contact face à face en cette période de confinement est une difficulté."

Certains appellent-ils aussi car ils s’inquiètent pour leurs proches fragiles en cette période de confinement ?

"Bien sûr. J'ai l’exemple d’un couple où les deux personnes, qui vivent ensemble, sont en difficulté sur le plan psychique. Le conjoint a appelé pour dire qu’il était inquiet pour sa femme, qui était encore plus mal que lui en ce moment à cause du confinement. Qu’elle n’avait plus ses repères. Il se sentait désemparé...

Le point commun des personnes qui appellent, c’est la souffrance. Des grandes angoisses. De longs silences. Des pleurs, de la colère.

Cela peut aussi être une femme seule, avec trois enfants à la maison. L'un d'entre eux, une adolescente, ne va pas bien. La mère s’en aperçoit car, sur les réseaux sociaux, sa fille a écrit à une copine 'je veux en finir, je ne peux pas continuer comme ça.' La mère de famille va nous appeler et demander que faire dans cette situation. 

Le confinement va, dans ce cas-là, compliquer les choses. Un adolescent qui ne va pas bien, au collège, il y a des recours. Les camarades peuvent aussi en parler, le signaler par exemple au conseiller principal d'éducation (CPE). En confinement, l'adolescent vulnérable se trouve privé de ces soutiens."

Comment les rassurez-vous dans cette période, quels mots employer ?

"L’essentiel ne va pas être tant ce que nous allons dire. Le plus important, c’est d’offrir aux personnes qui appellent, une présence qu’ils vont sentir, même si on ne va pas forcément parler beaucoup. Nous sommes attentifs à ce qui se passe pour eux. Le fait de se sentir véritablement écouté, ça permet, dans beaucoup de cas, d’apaiser. Nous ne les coupons pas, nous les laissons parler. Et nous intervenons pour relancer, poser une question très peu précise, pas intrusive. Une question qui va leur permettre de reprendre la parole. Globalement, on donne très peu de conseils. On va leur demander comment se passe leur journée, quel type de musique ils aiment, quelle radio ils écoutent... 

Il nous arrive de faire intervenir les secours, que ce soit pendant le confinement, ou pas d’ailleurs. Si nous estimons qu’il y a un risque très important, qu’ils ont pris des médicaments, nous pouvons faire intervenir les secours. Mais toujours avec leur accord."

Suicide Écoute : Permanence d’écoute téléphonique 24h/24, 7j/7. Tél. : 01 45 39 40 00 / Site Internet

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