[scald=98621:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre la corruption présente quelques avancées mais aussi des reculs, notamment en matière d'indépendance de la justice et de prévention des conflits d'intérêt, juge Transparence International France.

En juillet 2007, peu après son accession à la présidence, Nicolas Sarkozy avait affirmé, lors d'un discours à Epinal, sa volonté de rendre la République "irréprochable", rappelle l'antenne française de l'organisation anti-corruption Transparency International dans un rapport rendu public jeudi.

Qu'en est-il près de cinq ans après, alors que le chef de l'Etat achève son mandat et fait campagne avec l'espoir d'être élu pour un second ?

"Si des progrès ont été accomplis dans certains domaines, le bilan du quinquennat montre que la volonté politique est globalement toujours insuffisante", écrit l'organisation.

"Ce constat est particulièrement vrai concernant l'indépendance de la justice et la prévention des conflits d'intérêts qui sont pourtant des priorités", ajoute-t-elle.

Le rapport, qui passe en revue les initiatives du président, du gouvernement et de la majorité, relève quelques initiatives allant dans le bon sens, notamment, au plan international, les efforts de la France pour lutter contre les paradis fiscaux.

Sur le plan interne, le rapport salue en particulier l'adoption d'un dispositif de prévention des conflits d'intérêt dans le domaine de la santé suite au scandale du Mediator.

Transparence International France loue également l'examen des comptes de l'Elysée par la Cour des comptes, la limitation à deux du nombre maximal de mandats pour un même président, des avancées en matière de lutte contre la corruption dans les entreprises et le renforcement de l'instruction civique.

DEUX POINTS NOIRS

Sur deux sujets qu'elle juge prioritaires, l'indépendance de la justice et la prévention des conflits d'intérêts, Transparence International France qualifie cependant le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy de "préoccupant".

La justice n'a ni l'indépendance, ni les moyens nécessaires pour lutter efficacement contre la corruption, note le rapport, qui rappelle le projet, finalement enterré, de supprimer les juges d'instruction et dénonce un recours abusif au secret défense, notamment dans le cadre de l'affaire dite "Karachi", dans laquelle le nom du chef de l'Etat apparaît.

Interrogé jeudi sur ce point, le président-candidat Nicolas Sarkozy s'est défendu d'avoir cherché à faire obstacle à la marche de la justice dans cette affaire de corruption présumée en marge d'un contrat d'armement avec le Pakistan.

"J'ai, depuis que je suis président de la République, toujours fait droit à toutes les demandes de la commission du secret défense, toujours", a dit sur France Inter.

"S'agissant de ce que vous appelez l'affaire Karachi, comme vous le savez j'étais ministre du Budget à l'époque", a-t-il ajouté. "C'est un contrat qui a été signé par le gouvernement de François Mitterrand et par ailleurs j'ai, en tant que ministre du Budget, dit qu'il ne fallait pas signer ce contrat".

Autre point noir souligné par le rapport, les conflits d'intérêts, domaine dans lequel l'organisation anti-corruption déplore "l'écart entre les annonces et les actes".

Un projet de loi promis par le gouvernement pour les ministres et les fonctionnaires dans le contexte de l'affaire Bettencourt n'a ainsi jamais vu le jour, souligne le rapport.

Transparence International France fait état par ailleurs d'une "régression inquiétante" dans le domaine de la liberté de la presse, illustrée selon l'organisation par l'examen des factures téléphoniques détaillées ("fadettes") de journalistes en marge de l'affaire Bettencourt.

Les actions pour encadrer le financement de la vie politique et l'influence des groupes de pression ("lobbying") au Parlement sont également très insuffisantes, conclut le rapport, qui appelle tous les candidats à la présidentielle à s'engager pour "réinscrire l'éthique au coeur de notre vie publique et faire de la lutte contre la corruption une réelle priorité politique en France".

Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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