Faut-il déboulonner les statues d'esclavagistes, de responsables de massacres, plus généralement de figures sombres de l'Histoire de France ? Emmanuel Macron y est farouchement opposé et l'a rappelé, mais la porte-parole de son gouvernement est plus nuancée sur France Inter ce lundi matin.

Emmanuel Macron et Sibeth Ndiaye ont des positions légèrement différentes sur le rapport à l'Histoire
Emmanuel Macron et Sibeth Ndiaye ont des positions légèrement différentes sur le rapport à l'Histoire

Sur la question, l'allocution du président de la République semblait ferme et définitive : "Je vous le dis très clairement : la République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire", assurait Emmanuel Macron dimanche soir. "Elle n'oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue." Une référence claire à ce qu'on peut voir, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, en marge de la mobilisation antiraciste mondiale suite à la mort de George Floyd.

Pour Emmanuel Macron, il faut en effet plutôt "regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires [...] avec une volonté de vérité, et en aucun cas de revisiter ou de nier ce que nous sommes" et éviter toute "réécriture haineuse ou fausse du passé".

Une position que Sibeth Ndiaye reprend en partie sur France Inter : "Il faut que la France se réconcilie avec son Histoire. Là où je ne suis pas d'accord, c'est quand, à travers le déboulonnage de statues, on prône la disparition de figures historiques. [...] Moi je ne crois pas qu'il faille les effacer de l'Histoire, je crois qu'il faut expliquer l'Histoire." Par exemple, avec des plaques explicatives sur les statues, comme celle de Colbert.

Cantonner certains personnages aux "livres d'Histoire"

Mais elle nuance toutefois : tout dépend du personnage, et de la manière dont il occupe l'espace public, par exemple les noms de rues. "Il y a des personnages historiques (on en a connu pendant la Seconde guerre mondiale) qui certes ont eu une vie avant, mais qui compte tenu des choix qu'ils y ont fait, n'ont plus leur place autre part que dans les livres d'Histoire", explique la secrétaire d'État. Ce fut notamment le cas des "rues du Maréchal Pétain" débaptisées dans plusieurs communes françaises de 1944 à 2013.

Sibeth Ndiaye assume par exemple que dans le cas de l'avenue Bugeaud (général français responsable du massacre de nombreux Algériens au XIXe siècle) à Paris, on puisse "poser la question" de la débaptiser.

Toutefois, elle estime que c'est aux spécialistes d'en débattre, pas à la rue ou aux politiques : "Ce que je veux, c'est qu'on ait cette discussion historiographique, parce que l'émotion nous pousse parfois à faire des choses qui ne sont pas forcément en rapport avec la réalité historique."

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