Après avoir fait polémique en Grande-Bretagne, l’adaptation française de "Benefits Street" arrive sur M6. L'émission suit des habitants d'Amiens en grande précarité.

"La Rue des Allocs", capture d'écran
"La Rue des Allocs", capture d'écran © M6

"La fête commence tôt car c’est le jour des allocs. Et ça tombe bien, car dans l’appartement, il n’y a plus rien à boire." Voilà le genre de phrase que l’on peut entendre dans l’un des quatre épisodes de "La Rue des Allocs", le nouveau programme de M6, mélange de documentaire et de télé-réalité, diffusé en partie ce mercredi.

Pendant plus de six mois, le réalisateur Stéphane Munka a posé ses caméras quartier Saint-Leu, à Amiens (Somme), classé zone urbaine sensible en 2014, et où le chômage avoisine les 20 %. Il suit des habitants qui vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1 000 euros par mois.

Avec une voix off insistante, et des commentaires peu nuancés, le programme fait polémique avant même sa diffusion. Certains des bénéficiaires estiment avoir été bernés, car l’émission devait au départ s’intituler "Zone prioritaire". C’est ce qui était inscrit sur la convention signée par ceux qui avaient accepté de témoigner. Ils craignent d’être stigmatisés avec le titre, "La Rue des Allocs", qui a été privilégié par la chaîne.

Une pétition a même été lancée pour défendre l’image du quartier Saint-Leu et de ses habitants, et dénoncer le "misérabilisme" mis en avant dans le documentaire. Le réalisateur, Stéphane Munka, qui a travaillé pour "Spécial Investigation" sur Canal +, ou "Infrarouge" sur France 2, assume pleinement le ton du programme : "Il y a effectivement quatre ou cinq commentaires que j’avais écrit de manière un peu caricaturale et que j’ai laissé. Parce que finalement, la manière dont je les ai écrits au montage est un peu représentative dont je l’ai vécu un peu sur le tournage."

Mais "peut-on considérer la précarité sous l'angle guilleret du divertissement ?" se demande L'Humanité, qui craint que ne s'ouvre un "boulevard des préjugés".

Le reportage d'Alexandra Ackoun, spécialiste Médias de France Inter.

Au Royaume-Uni, déjà, un parfum de scandale

Avec "La Rue des Allocs", M6 adapte un programme britannique, "Benefits Street", tourné à Birmingham, et diffusé pour la première fois en janvier 2014. L’émission avait attiré jusqu’à 6,5 millions de téléspectateurs sur Channel 4. C’est sans doute ce qui a convaincu la chaîne française. Mais "Benefits Street" avait également fait scandale Outre-Manche. Parmi les griefs avancés : la stigmatisation des bénéficiaires de l’État-providence, et les déclarations de certains témoins du programme sur leurs méthodes pour voler à l’étalage, ou encore sur leur façon d’abuser du système.

Sur les réseaux sociaux, certains menaçaient même les habitants filmés de représailles, comme cet Anglais qui s'insurge : "Quelle pourriture de voyous. Une balle coûte environ 30 pence, donc avec un billet de 20 livres on pourrait se débarrasser de la rue et avoir encore de la monnaie en poche."

Il faut dire que Channel 4 avait à l’époque bien choisi son moment puisque le Premier Ministre d’alors, David Cameron, était en pleine réforme des aides sociales. Et d'autres internautes y ont vu une "propagande choquante pour diaboliser les personnes demandant des aides sociales".