Une équipe scientifique internationale a recueilli l'avis de 2 millions et demi de personnes dans le monde sur les voitures autonomes. Publiés dans la revue scientifique Nature, les résultats de cette étude montrent à quel point la voiture autonome va poser des dilemmes moraux.

Une voiture connectée
Une voiture connectée © AFP / Jeff Kowalsky

Les freins de la voiture autonome lâchent. La collision est inévitable. L’ordinateur de bord doit-il éviter en priorité un groupe d'écoliers ou de personnes âgées ? Percuter une femme avec une poussette ou foncer dans le mur au risque de tuer les quatre passagers ?

C'est le genre de questions posés par les chercheurs du CNRS, du Massachusetts Institute (MIT) et des universités d’Harvard et de Colombie Britannique. Ces anthropologues, psychologues et spécialistes de l'intelligence artificielle ont lancé en 2016 la plateforme en ligne "Moral Machine" dans le but d’interroger les internautes sur les dilemmes moraux auxquels nous confronte le développement des véhicules autonomes. 

Au total, 40 millions de réponses ont été passées en revue en provenance de 233 pays ou territoires à travers le monde. Jean-François Bonnefon, directeur de recherche à l'école d'économie de Toulouse et co-auteur de l'étude, note que :

Trois critères moraux communs se dégagent après analyse des résultats : sauver les humains plutôt que les animaux, sauver le plus grand nombre de vies et sauver les enfants.

Des choix controversés  

Les résultats de cette étude montrent aussi des préférences étonnantes et discutables : les personnes en surpoids ont environ 20% de probabilité de plus de se faire tuer que des personnes athlétiques ; les personnes pauvres, 40% de probabilité de plus de mourir que les personnes riches. Et puis, toujours selon les réponse, pour être épargné mieux vaut être socialement inséré que sans-abri.

Exemple d'une situation proposée sur la plateforme Moral Machine
Exemple d'une situation proposée sur la plateforme Moral Machine / Moral Machine

L’origine géographique des sondés a également un poids important, explique Jean-François Bonnefon : "Les préférences que l'on observe à l'échelle mondiale ne sont pas renversées en fonction du pays où on habite. Partout les gens préfèrent sauver les plus jeunes plutôt que les plus âgés. Mais cette tendance peut varier. Dans le monde occidental, la préférence à vouloir sauver les jeunes est forte. Elle l'est moins dans les pays d'Asie."

Une expérience de psychologie sociale à une telle échelle est rare mais elle a ses limites. Les participants ont répondu sur la base du volontariat, ils ne sont pas représentatifs de toute la population, puisqu'une majorité d'hommes entre 20 et 30 ans a participé à l'étude. Et dans le monde réel, sur la route, l'automobiliste est rarement confronté à une situation où deux choix aussi tranchés se présentent face à lui.

Les chercheurs espèrent que l’étude servira à alimenter la réflexion des gouvernements qui vont devoir légiférer sur les voitures autonomes, et sur les industriels qui vont les produire.  

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