Lawrence Lessig est professeur de droit à Harvard, il se bat pour l’Internet libre et milite pour la démocratie. Il est venu en parler à France Inter, au micro de Mickaël Thébault.

Une slide exposée lors d'un discours de Lawrence Lessig. On peut y lie un détournement de la fameuse citation de Benjamin Franklin : "En ce monde rien n'est certain, à part la mort  et les impôts - et un gouvernement corrompu"
Une slide exposée lors d'un discours de Lawrence Lessig. On peut y lie un détournement de la fameuse citation de Benjamin Franklin : "En ce monde rien n'est certain, à part la mort et les impôts - et un gouvernement corrompu" © AFP / Thos Robinson / GettyImages North America

Aujourd’hui, Lawrence Lessig est surtout connu comme activiste pro-démocratie. Il est d’ailleurs l’un des invités du formidable documentaire de Flore Vasseur Meeting Snowden dont nous vous avons déjà parlé et qui est disponible en VOD jusqu’au 10 juillet.

Lawrence Lessig est l’un des plus prestigieux professeur de droit de l’Université de Harvard, où il dirige par ailleurs un centre de recherche sur la corruption.

Il était au micro de Mickaël Thébault sur France Inter, écoutez-le (ou lisez l’entretien ci-dessous)

Militant de l’internet libre

Lawrence Lessig a été l’un des tout premiers au monde à s’intéresser à un nouvel outil : Internet. Il a voulu en garantir les libertés en inventant le concept de licence libre.

Lawrence Lessig : "À l’époque, je travaillais beaucoup sur le droit et la loi autour d’Internet. Très peu de gens savaient véritablement comment fonctionnait l’interaction entre la technologie et l’idéal de liberté, la démocratie dans Internet.

Je faisais partie d’un groupe de personnes qui commençait à essayer de formuler des idées autour de ces thèmes

Une réalité assez déprimante, c’est que nos craintes de l’époque, notamment à propos de l’évolution d’Internet, autour de la tournure que pourraient prendre les choses, sont devenues une réalité.

Alors qu'à la base, Internet était un endroit où on pouvait protéger la liberté et la vie privée, c'est devenu l'inverse : c'est un endroit où la vie privée n'existe plus et où l’opportunité de liberté d'expression est de plus en plus restreinte par des entreprises ou par des gouvernements.

Le professeur de droit Lawrence Lessig, activiste pro-démocratie
Le professeur de droit Lawrence Lessig, activiste pro-démocratie © AFP / CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Promouvoir les licences libres, est-ce être contre la culture ?

Ce concept de licence libre lui a valu le surnom aux USA de “bête noire des dinosaures de la culture et du divertissement”, de Microsoft à Disney.

Lawrence Lessig : "Il y a plusieurs combats. Celui de la culture est peut-être le plus simple à comprendre.

C’est un combat que j’ai mené d’ailleurs en France également, j’ai été d’ailleurs invité au festival d’Avignon - on m’a présenté comme un radical un peu fou qui croyait qu’il était possible de partager librement la création.

Très souvent les gens ont tendance à dire “C’est parce qu’il est contre la culture”… Évidemment, c’est simplifier les choses.

Ce que l’on voit dans le concept d’internet par exemple, ce n’est pas un combat contre la culture, mais un combat contre le contrôle commercial du développement et du partage du contenu culturel.

Internet a permis de secouer un peu tout ça".

L’ennemi n°1 de la démocratie : la corruption

Depuis près d'une dizaine d'années, Lawrence Lessig sillonne la planète en infatigable défenseur de la démocratie - démocratie qu'il juge partout en danger, a fortiori chez lui depuis l'élection de Donald Trump. À ses yeux, l'ennemi n°1 de la démocratie, c'est la corruption.

Lawrence Lessig : "Dans toutes les grandes démocraties du monde, nous avons le sentiment que le système a failli.

À la fin de la Seconde guerre mondiale, l’idée était de propager la démocratie parce que cela permettrait la paix et la prospérité, génération après génération. Quelque part je crois que nous avons failli ; nous somme en situation d’échec.

La situation dans mon pays est corrompue - je ne parle pas simplement de pots de vin ou de corruptions mais de corruption de manière fondamentale, constitutionnelle.

Aux USA, nous avons un système où 30 à 70% du temps de nos parlementaires est utilisé à lever des fonds pour leurs campagnes, à générer des tonnes d’argent. C’est une toute petite fraction de l’Amérique qui discipline le reste".

Une loi pour lutter contre la corruption

Lawrence Lessig a tenté de faire évoluer la loi sur le financement des campagnes, sans succès - du moins pour l’instant.

Lawrence Lessig : "Ce combat n’est pas terminé. Cette lutte est extrêmement importante pour l’Amérique.

Ce n’est pas d’ailleurs un problème américano-américain. Qu’on parle du réchauffement de la planète ou des dépenses astronomiques en matière de défense : on ne pourra pas gérer ces problématiques si on ne gère pas la corruption d’abord."

L'ex-agent de la CIA et lanceur d'alerte Edward Snowden, lors d'une intervention par visioconférence
L'ex-agent de la CIA et lanceur d'alerte Edward Snowden, lors d'une intervention par visioconférence © AFP / Patricia de Melo Moreira

Les lanceurs d'alertes, protecteurs de la démocratie

Dans ce qui ressemble, selon lui, à un impasse de la démocratie, il y a une catégorie de citoyens dont le rôle est extrêmement fondamental : les lanceurs d’alerte - dont un en particulier : Edward Snowden, qu'il a même fait intervenir en direct à Harvard par téléconférence depuis son exil forcé en Russie.

Lawrence Lessig : "Il existe de nombreux lanceurs d’alerte. Certains peuvent être critiqués mais d’autres comme Edward Snowdenméritent tout notre respect. Il paie très cher aujourd’hui son choix de rentre l’information publique : le gouvernement américain s’était lancé dans une opération d’espionnage de chacun ; personne n’était au courant et Edward Snowden a rendu ça public.

D’aucuns diront qu’il n’a rien changé. Le fait est qu’il y a d'énormes décisions, notamment dans les tribunaux américains, à propos de l'anticonstitutionnalité de ces surveillances et travaux d'espionnage menés par les autorités américaines.

C’est ainsi que le changement se produit. Le fait qu’il y a eu des conséquences profondes pour les Etats-Unis.

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