[scald=65975:sdl_editor_representation]par Shaimaa Fayed et Tamim Elyan

LE CAIRE (Reuters) - Les élections législatives débuteront bien le 28 novembre en Egypte, a assuré dimanche le gouvernement provisoire tandis que, sur la place Tahrir du Caire, la police appuyée par l'armée a de nouveau entrepris de déloger par la force les manifestants réclamant une accélération du transfert du pouvoir aux civils.

L'Egypte n'avait quasiment plus connu de telles scènes de violences depuis le renversement d'Hosni Moubarak le 11 février par un soulèvement populaire.

L'agence de presse Mena a fait état de trois morts et 192 blessés dimanche, au deuxième jour de ces violences. De sources médicales, on a signalé quatre morts dimanche.

Ces chiffres portent à au moins cinq morts et plus d'un millier de blessés le bilan des affrontements depuis samedi.

"Le peuple veut la chute du régime", ont scandé des milliers de manifestants avant et après la charge de la police, appuyée par des militaires qui étaient jusqu'à présent restés en retrait.

Tandis que la nuit tombait, les forces de sécurité sont intervenues sur la place Tahrir à coups de matraques et de grenades lacrymogènes.

Sur des images de télévision, on a pu voir un groupe de manifestants former un cordon face à la progression de la police.

"L'armée envoie ses soldats sur la place Tahrir pour aider la sûreté de l'Etat à disperser les manifestants. Ils nous cognent fort dessus", a dit un manifestant, Ragab Chemiekhi.

Les forces de sécurité ont procédé à des dizaines d'arrestations, a rapporté un témoin, ce qui n'a pas empêché les manifestants de revenir sur la place, épicentre du soulèvement de janvier et février derniers.

PAS DE TIRS À BALLES RÉELLES, DIT LE GOUVERNEMENT

"Le conseil militaire se bouche les oreilles, il nous ignore, il n'en a rien à faire de nous et nous allons continuer à occuper les rues et à revendiquer nos droits. La justice finira par triompher", a dit Amal el Mohandes, 31 ans.

L'armée a pris les rênes du pays après la chute d'Hosni Moubarak et les manifestants soupçonnent les militaires d'oeuvrer en coulisses pour conserver le pouvoir tandis qu'ils supervisent le processus de transition.

Les généraux du Conseil suprême des forces armées (CSFA) démentent ces accusations et le gouvernement qu'ils ont formé a répété dimanche que les élections débuteraient bien le 28 novembre. Ce scrutin, étalé sur plusieurs semaines, doit aboutir à la formation d'une assemblée qui désignera une commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Une élection présidentielle sera ensuite organisée, certainement pas avant fin 2012.

Des manifestations ont aussi eu lieu dans d'autres villes du pays, notamment à Alexandrie, où 800 personnes se sont rassemblées devant la préfecture, et à Suez, où un millier de personnes ont affronté les forces de l'ordre devant un commissariat.

"Le gouvernement est décidé à procéder à des élections à la date prévue", dit le gouvernement dans un communiqué repris à la télévision publique après une réunion extraordinaire avec les membres du Conseil suprême des forces armées. Il assure en outre que la police n'a pas tiré à balles réelles sur les manifestants et salue la "retenue" des agents.

Au Caire, les heurts ont éclaté samedi lorsque les policiers ont tenté d'évacuer les quelque 500 manifestants qui se trouvaient toujours sur la place, au lendemain d'une grande manifestation qui avait réuni 50.000 personnes.

"PRATIQUES DE L'ANCIEN RÉGIME"

"Nous sommes au bord du danger", a dit le général Mohsen Fangary, membre du CSFA. "Ceux qui demandent la chute du gouvernement demandent la chute de l'Etat."

Les Frères musulmans, dont le parti Liberté et justice fait figure de favori, ont fait savoir qu'ils n'accepteraient aucun report des législatives. Ils ont en outre condamné la dispersion du sit-in du Caire par les forces de l'ordre. "Cela rappelle les pratiques du ministère de l'Intérieur de l'ancien régime", disent-ils dans un communiqué.

La manifestation de vendredi, rassemblant islamistes et libéraux, visait à dénoncer des dispositions du projet de réforme constitutionnelle du gouvernement.

Le texte incriminé accorderait à l'armée une autorité exclusive sur la gestion de ses affaires et de son budget et lui confierait des pouvoirs étendus dans le domaine de la sécurité nationale.

Ces projets ont été amendés mais pas suffisamment aux yeux des manifestants.

A l'issue de la réunion ministérielle de dimanche, le vice-Premier ministre, Ali al Silmi, a prévenu: "Nous ne reculerons pas sur les derniers amendements proposés au texte constitutionnel."

Jean-Philippe Lefief et Bertrand Boucey pour le service français

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