Alors qu’Enedis fête ce mercredi les deux ans du déploiement de son nouveau compteur électronique Linky, avec plus de 7 millions de foyers équipés, les critiques des usagers persistent à l'égard de ce système de relevé électronique lancé en 2015, et présenté, depuis, comme un nouvel outil de transition écologique.

En novembre 2017, Enedis annonce l'installation de 7,3 millions de compteurs en France
En novembre 2017, Enedis annonce l'installation de 7,3 millions de compteurs en France © AFP / DAMIEN MEYER

C’est un boitier vert citron présenté, au départ, comme un système révolutionnaire, chargé de simplifier les relevés de compteurs, pour l’électricien, comme pour ses usagers. Pour les foyers dotés de compteur Linky, finis les passages du technicien chargé de relever les compteurs: la consommation est mesurée et transmise jusqu'au fournisseur d'électricité, permettant une facturation plus précise que celle fondée sur des estimations. Ce compteur de nouvelle génération peut aussi recevoir des ordres à distance, par exemple pour une mise en service ou un changement de puissance, avec des économies au passage.    

La pose – désormais obligatoire – de ces nouveaux systèmes se fait aujourd’hui à un rythme plus que soutenu : 30 000 boitiers quotidiennement installés, selon Enedis, contre 19 000 au printemps dernier. "On a, à ce jour, installé 7,3 millions de compteurs dans 4.200 communes" explique Bernard Lassus, le directeur du programme Linky. Chiffres en hausse qui ne font pourtant pas baisser le nombre de critiques à l’égard de ce nouveau système, au point que ses partisans sont désormais difficiles à dénicher.

Mobilisation des communes

Les consommateurs d’énergie électrique se sont largement mobilisés depuis le début de la campagne de pose, fin 2015. D’abord sur le terrain, où des communes de France (Bayonne, Saint-Etienne-du-Rouvray ont refusé purement et simplement la pose aux employés d’Enedis chargé d’équiper le territoire, zone après zone. Le seul recours d’Enedis est alors de porter ces refus devant les tribunaux, avec un dernier exemple en date : la mairie de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, attaquée en novembre par le distributeur d’électricité pour sa démarche mais aussi pour « désinformation » à l’égard de l’utilisation de Linky.

En juin 2017, un retraité de l’ile de Ré comparaissait même en justice ( avant d’etre relaxé), pour « violences » sur un agent d’Enedis qui avait tenté le passage en force dans son domicile pour installer un nouveau boitier Linky.

Linky, bête noire des réseaux sociaux

Quelques exemples de crispations sur le terrain, qui se multiplient à l’envie sur internet et les réseaux sociaux : Twitter s'en fait le relais, quand Facebook regorge de pages de groupes anti-Linky, un peu partout en France, alimenté par des consommateurs soucieux de sécurité sanitaire et informatique, et pour certains très remontés.

Certains opposants craignent l'exposition aux champs électromagnétiques, même si l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a jugé le risque très faible. D'autres s'inquiètent pour leur vie privée. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) veille toutefois à ce que les données de consommation détaillées ne soient pas collectées sans l'accord de l'usager. 

Paradoxe : ces défenseurs des données personnelles se manifestent d’autant plus sur des réseaux gourmands en data, et dont personne ne peut parfaitement prouver la confidentialité.

Ses défenseurs : Enedis et Nicolas Hulot

Philippe Monloubou, président du directoire d’Enedis, est donc bien forcé de jouer les pompiers de service, en sortant son argument principal : Linky est l’un des acteurs incontournables de la transition énergétique prônée par le gouvernement. Il contre-attaque le 10 novembre dernier, dans les colonnes du journal Le Monde,

Dans le débat, ceux qui s’expriment le plus sont ceux qui sont contre. Mais demandez aux responsables de collectivités, aux élus, à quel point la capacité de disposer de données sur leur territoire permet d’engager une vraie politique d’efficacité énergétique !

"Fin 2017, on aura des villes entières « full Linky », comme Nice ou Lyon. Elles pourront décider de manière objective où faire porter leurs efforts en termes d’efficacité énergétique, sur quel bâtiment, etc. Le sujet ne fait pas vibrer les foules, mais la réalité de la transition, c’est que ça commence par l’efficacité énergétique", poursuit le patron d'Enedis.
 

Nicolas Hulot, ministre de la Transition Écologique, lui emboîte le pas, le 1er décembre dernier sur France Inter :  "Moi j’ai fait partie, comme chaque citoyen, de ceux qui s’interrogeaient sur le côté un peu intrusif, sur les éventuels effets [du compteur]. J’ai été rassuré, je vous le dis, pendant un temps je me suis même opposé à ce qu’on installe chez moi un compteur Linky"

Je me suis fait une religion et je pense très sincèrement qu’il n’y a aucun danger, je fais confiance là pour le coup à mon agence

Un message bienvenu, alors que la direction d’Enedis s’est fixé un objectif avant fin 2018 : celui d'atteindre 16 millions compteurs installés en France.

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