Voilà un effet du confinement qui peut être vécu difficilement. La dépendance à certaines drogues peut être accrue en ce moment et certaines personnes peuvent être tentées de boire ou de fumer plus qu’avant. Les spécialistes s’inquiètent. Trois questions à Jean-Pierre Couteron, porte-parole de la fédération Addiction.

Le confinement rend plus vulnérables les personnes dépendantes à l'alcool ou aux drogues
Le confinement rend plus vulnérables les personnes dépendantes à l'alcool ou aux drogues © Getty / Classen Rafael / EyeEm

FRANCE INTER : Les personnes dépendantes à l'alcool ou aux drogues en général sont-elles plus vulnérables en cette période de confinement ?

JEAN-PIERRE COUTERON, de la fédération Addiction : "Il y a inévitablement des risques accrus car ces personnes craignent d’être brutalement coupées de leurs produits, et cela créé une angoisse, du stress. Cela accentue la tentation de calmer ces angoisses en consommant plus de produits. Plus elles ont peur, plus elles pensent aux produits, et plus elles consomment.

On l’a déjà constaté depuis une dizaine de jours. On a laissé ouverts les buralistes, les magasins qui vendent de l’alcool, et malgré cela, certaines personnes ont peur d’être privées. Il faut donc dire que ce confinement n’était pas une stratégie indirecte de sevrage."

Ces personnes ont-elles besoin d’être rassurées ?

"Oui, c’est indispensable. On doit leur dire que l’accès aux soins sera préservé, que l’on continuera à les aider, qu’elles ne sont pas oubliées. D’ailleurs, on a simplifié les procédures pour le renouvellement des traitements de substitution, et on a rouvert les boutiques de vapotage pour qu’elles n’aillent pas se réfugier vers le tabagisme le plus nocif. Ensuite, toutes les thérapies, familiales ou autres se redéploient.

Sur un plan éthique, il ne faut pas les abandonner, et, en pleine crise de Covid, ce n’est pas le moment qu’arrivent aux urgences des personnes en manque, ou en crise, alors qu’on aurait pu les traiter en ambulatoire."

Est-ce que ce risque d’addiction peut concerner des personnes qui n’étaient pas dépendantes jusqu’à présent ? 

"Oui, on voit monter un phénomène très classique : les gens ne peuvent pas se voir, ils sont empêchés de socialiser, et on est dans une période anxiogène. L’angoisse parcourt notre quotidien : va-t-on vers une crise économique, est-ce que mon entreprise va fermer ? Et puis certaines sont obligées de cohabiter dans leur famille avec des personnes avec qui elles sont en tension, les ruptures entre périodes de travail et de non travail ne sont plus les mêmes, les appartements sont parfois petits, le contexte est difficile. 

Ces deux fonctions, l’angoisse et les sociabilités modifiées sont, dans nos cultures, associées aux drogues et notamment à l’alcool et au tabac, donc il y a un vrai risque d’accoutumance. Et on le voit avec des apéros partagés grâce à internet qui se mettent en place en ce moment, et des personnes qui se remettent à boire toutes seules le soir ou à fumer. La fonction anxiolytique et le lien culturellement construit entre l‘alcool et la sociabilité sont deux vrais pièges en ce moment."

Y a-t-il des solutions en prévention ? 

"Il n'y a pas de miracle mais il faut s'inspirer du Dry January, ce mois de janvier où l'on ne buvait pas, et se rappeler que le virtuel peut être un lieu où on se retrouve entre amis. Sortez la bouteille d’eau pour vos apéros virtuels ! On a la chance de ne pas être dépendants, on est anxieux, ne nous rajoutons pas des difficultés avec des produits dont on ne pourra se détacher !

On ne demande pas de ne pas boire du tout mais je dis, méfiez-vous parce que l’accentuation de l’anxiété et des sociabilités modifiées peut faire que vous allez trouver normal de prendre tous les jours et à des niveaux supérieurs à d’habitude l’usage de substances qui ont des risques pour votre santé. Tout le monde ne va pas faire du yoga mais chacun peut essayer d’être vigilant pour se déstresser. Il y a beaucoup de petites recettes positives à s’échanger pour passer une bonne soirée. Cela permet de partager des moments et de passer ces moments d'angoisse et de stress sans alcool."

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