Le burkini, mélange de bikini et burqa, est en ce moment au cœur d'une polémique qui pose la question de la frontière entre pratiques religieuses et respect de la laïcité.

Une jeune femme en burkini, un maillot de bain qui couvre tout le corps, se baigne dans la mer.
Une jeune femme en burkini, un maillot de bain qui couvre tout le corps, se baigne dans la mer. © Maxppp / Stéphanie Pilick

Tout a commencé à Marseille, où le parc aquatique Speedwater Park et la municipalité des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) ont décidé de "ne pas donner suite" à la demande de réservation de femmes des quartiers nord de Marseille. Elles avaient prévu une sortie piscine en burkini. Après cette annonce, le sénateur-maire divers gauche de la commune, Michel Amiel, avait annoncé vouloir prendre un arrêté d'interdiction contre cette sortie.

Arrêté préfectoral à Cannes et rixe à Sisco

Quelques jours plus tard, c'est le maire de Cannes qui a pris un arrêté interdisant le port du burkini sur les plages de sa ville. Selon l'arrêté, "une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d'attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l'ordre public qu'il est nécessaire de prévenir".

Le Collectif contre l'Islamophobie en France s'est indigné et a engagé un recours en justice, finalement rejeté par le tribunal administratif de Nice. Ce week-end, des heurts ont éclaté à Sisco en Corse, entre plusieurs familles musulmanes et des touristes, ce qui a donné lieu à une violente rixe. Il y a eu plusieurs blessés dont une femme enceinte. Suite à ces affrontements, le maire de Sisco a interdit les burkinis dans sa commune.

Le communautarisme en débat

Le burkini est en fait un nouveau révélateur de cet éternel débat français autour du communautarisme. La société doit-elle accepter son port sur les plages françaises ? Doit-on empêcher les femmes musulmanes qui ne veulent pas montrer leur corps de nager habillées au risque pensent certains d'en inciter d'autres à faire de même ? Doit-on accepter ce que beaucoup considèrent comme un asservissement de la femme ? Doit-on penser pour elles en quelque sorte ? Au-delà des opinions personnelles, il y a la loi et les arrêts municipaux qui disent quoi faire.

Que dit la loi ?

Interdire le burkini ne relève pas du domaine de la loi. Depuis 2010, seul le port du voile intégral (qui recouvre le visage) est interdit. Cela ne concerne pas le burkini qui couvre uniquement les cheveux. Il revient donc au maire de décider, ou non, de l'interdire. Il faut un motif : dans ce cas, il s'agit du risque de troubles à l'ordre public. L'arrêté municipal de Cannes invoque "le contexte de l'état d'urgence et les récents attentats islamistes" pour interdire "l'accès aux plages et à la baignade à toutes personne qui n'aurait pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité". Une interdiction ponctuelle jusqu'au 31 août, sanctionnée en cas d'infraction d'une amende de 38 euros.

De vives réactions

Suite au rejet du juge des référés de Nice, le CCIF a déposé ce mardi un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat, toujours pour faire annuler l'arrêté du maire de Cannes. La plus haute juridiction administrative a un mois pour statuer.

Les politiques se sont eux aussi exprimés sur la question. Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, a qualifié par exemple le burkini de "profondément archaïque", mais a appelé à le combattre "sans arrière-pensées", dénonçant "la droite dure" qui "veut faire de l'islam le sujet des mois à venir".

Jean-Pierre Chevènement, pressenti pour prendre la tête de la Fondation pour les œuvres de l'islam de France, estime les arrêtés anti-burkini légitimes en cas de trouble à l'ordre public.

Invitée ce matin sur notre antenne, la sénatrice UDI de l'Orne Nathalie Goulet souhaite plutôt s'en remettre à la loi : "d'un point de vue légal, le burkini n'est pas interdit. Mais si les maires prennent des arrêtés pour l'interdire, il faut le respecter". Enfin, elle ajoute que "plus on en fait une affaire d'état, plus il va y avoir de communautarisme".