Bousculé par les affaires Preynat puis Barbarin, le diocèse de Lyon a mis en ligne ce jeudi un site internet sur lequel sont diffusés des témoignages sans concession de victimes et des analyses d'experts. Tous les prêtres du diocèse de Lyon auront l'obligation de les visionner lors de séances collectives.

Le site internet propose douze entretiens avec des experts, mais aussi des victimes de prêtres.
Le site internet propose douze entretiens avec des experts, mais aussi des victimes de prêtres. © AFP / Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

"Agir ensemble contre les abus sexuels" : ainsi s'intitule le site internet mis en ligne jeudi 17 octobre par le diocèse de Lyon. Il comporte douze entretiens sur des thématiques telles que la blessure de l'enfant victime, les infractions pénales à caractère sexuel, le rôle de la justice, le signalement de faits inquiétants ou encore l'accompagnement des prêtres. 

Les intervenants sont divers : policier, procureur, journaliste, psychiatre, etc. Deux victimes témoignent elles aussi. À l'image d'Olivier Savignac, président de l'association Parler et revivre, qui dans une vidéo, s'attache à décrire le vécu d'un enfant abusé sexuellement par un prêtre. "Lorsque l'agression survient, c'est un effet de surprise. On est sous quelque chose de l'ordre de la sidération. C'est ce qui s'est passé dans mon cas. On est complètement pétrifié. Le cerveau se met en veille. C'est petit à petit, après, que l'enfant prend conscience de ce qui lui est arrivé", explique-t-il. 

Ce qu'on ressent à l'intérieur, c'est que ce qui s'est passé n'est pas normal. Il y a une déconstruction des repères, de tout ce qui nous a été inculqué. C'est le vol d'une enfance.

Les prêtres ont l'obligation d'assister aux projections

Deux projections sont organisées cette semaine à Lyon. Les 300 prêtres du diocèse ont l'obligation d'y assister. Paroissienne très engagée, Frédérique Veyron-Lacroix salue l'initiative. "On peut dire 'merci' pour ces outils, enfin ! Face à cette question de la pédocriminalité, nous nous sentions, nous acteurs pastoraux, souvent plutôt démunis. Je crois que c'est un pas assez décisif. Après la question, c'est : qu'en ferons-nous sur le terrain ?"

Si cette opération de communication de l'Église catholique part de Lyon, c'est parce que le procès du cardinal Barbarin pour non-dénonciation y a été un tournant. "On a reçu un électrochoc", confirme Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon. "Quand les victimes m’ont dit 'on attend que vous posiez des actes', j’ai pris ça au sérieux. Je me suis dit c’est que c'était fini les beaux discours, j’ai voulu qu’on construise quelque chose."

"Notre objectif premier, c’est que tous les acteurs pastoraux, les prêtres, les diacres et les laïcs soient formés. Que le diocèse se mette du coté des victimes."

Les vidéos seront projetées à tous les évêques de France lors de leur conférence annuelle en novembre

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