Tous dopés! Peut-être... Tous attrapés ? Pas vraiment. Le dopage est devenu un enjeu des Tours de France de la fin des années 90 à aujourd'hui. En revanche, le dopage fait débat dès les années 60. Des chansons, des blagues, le dopage fait aussi rire.

En 1962, on parle du "doping"

Pour ce 49ème tour de France, les Français et les stimulants sont à l'honneur. Anquetil remporte une nouvelle fois l'épreuve, Poulidor est troisième. En revanche, la polémique sur le "doping" comme on dit à l'époque commence en février. Dans une émission appelée les "Coulisses de l'exploit', des anciens coureurs avouent s'être dopés. Roger Rivière déclare :

Ce ne serait pas honnête de dire, non je ne me suis pas dopé.

Raphaël Géminiani, ancien coureur et directeur sportif d'Anquetil évoque la prise de stimulants sans parler de dopage ou de "doping" :

Il faut un stimulant pour faire une grande performance.

Louison Bobet fait dans la nuance : il justifie la prise de "fortifiants" mais refuse de parler d'"excitants". Robert Chapatte conclut son reportage par un cinglant, "le mal existe".

Quelques mois plus tard en juillet 1962, le journaliste sportif est beaucoup moins catégorique. Le Tour vient d'arriver au Parc des Princes, il ne faut pas gâcher la fête :

Le doping, on en parle beaucoup sans trop savoir ce qu'il en est.

En juillet 1987, Robert Chapatte précise sa pensée dans une interview donnée à VSD : > Pour vous dire le fond de ma pensée, le dopage me paraît indispensable, mais il doit être accompagné d'un sévère contrôle médical. Dans les années suivantes, le médecin devient une composante essentielle de la course cycliste. La décennie 1990 et les années "EPO" confirmeront les conclusions de Robert Chapatte. ### 1983 : les coureurs en grève En 1983, Pascal Simon tient le maillot jaune malgré une omoplate cassée. Il résiste autant qu'il le peut avant d'abandonner et de laisser à Laurent Fignon le plaisir de savourer sa première victoire pour sa première participation. Pendant la 13ème étape, soit quatre étapes avant l'abandon de Simon, le maillot jaune est bien aidé par un mouvement d'humeur des cyclistes. Le peloton décide de rouler au ralenti pour protester contre la multiplication des contrôles anti-dopage. Patrick Clerc, coureur de l'époque, avoue avoir pris une substance interdite pour "se soigner" plutôt que pour "tricher". Les années 80, ce sont aussi les années Coluche qui ne rate pas une occasion de rire des aveux des coureurs : > Quelle est la définition du Tour de France ? Une bande d'alcooliques qui regarde passer une bande de drogués. > Le Tour de France, il serait moins dur à faire sans le vélo... que sans le dopage. ### 1998 : Chirac condamne le dopage En pleine affaire Festina, le Tour passe en Corrèze. Le 18 juillet, l'équipe Festina est disqualifiée et la France perd son chouchou, Richard Virenque. De passage sur la terre de son épouse Bernadette, le président Jacques Chirac fustige le dopage et demande à la justice et aux dirigeants du Tour d'être le plus ferme possible : > Le dopage, c'est d'abord la malhonnêteté, ça doit être sanctionné de la façon la plus ferme.
L'intervention de Jacques Chirac a été diffusée dans le journal d'Alain Le Gouguec. ### Les Fascagats : "y 'a pas d'EPO dans la musette à Jaja" Dans la famille des "chanson à boire", des chansons françaises bien du crû, teintées de musette et d'accordéon sans tomber non plus dans la caricature des productions de Patrick Sébastien, il y a Java, Marcel et son orchestre, Massilia Sound System, pourquoi pas inclure Zebda... des chansons festives qui disent des choses. Les Fascagats sont dans cette lignée là : bérets vissés sur la tête, une ode permanente au vin rouge et au pâté, les Fascagats respirent le sud-ouest de la France comme Laurent Jalabert. Le champion cycliste français des années 90, celui qui a fait les beaux jours du Tour de France remportant les classements du meilleur sprinteur et du meilleur grimpeur, a sa chanson. Et les paroles font écho aux révélations des derniers jours sur son contrôle positif à l'EPO lors du Tour 1998.
> Y pas d’E.P.O. dans la musette à Jaja. Il n’y a que du Pernod et une dose de calva. Les Fascagats aiment le vélo et regrettent le Tour de leur enfance. Ils condamnent le "sport buisness". Laurent Jalabert représente pour eux le champion d'un Tour à l'ancienne. En fait, les Fascagats se sont trompés : comme Armstrong, Ullrich, Virenque, l'ancien coureur de la Once a bien fait partie de cette génération "vitaminée" de coureurs des années 90.Avec Jalabert, le vin du Tarn est teinté d'efflluves de pot belge. ### 2007 : "Le mouvement pour un cyclisme crédible" En 2007, les managers de plusieurs équipes cyclistes se regroupent pour créer un mouvement destiné à redorer l'image de leur sport. En tête de peloton, Roger Legeay, l' ancien patron de l'équipe Crédit agricole. Parmi les critères d'adhésion, bien plus contraignants que ceux du code mondial anti-dopage : les membres du collectif se sont mis d'accord pour exclure d'une épreuve un coureur contrôlé positif. Autre mesure plutôt radicale : l'obligation d'exclure les coureurs suspendus plus de six mois pour prise de substance "lourde". En 2007, le "Mouvement pour un cyclisme crédible" est crédible aux yeux du public. Quelques exemples de réactions du public lors d'une étape en 2007 : > Sans dopage, ce serait plus dur, ce serait plus marrant.
Six ans après, le "Mouvement pour un cyclisme crédible" est-il toujours crédible ? Les dirigeants avouent avoir bénéficié de l'affaire Armstrong : 38 équipes adhèrent aujourd'hui aux valeurs du mouvement. Huit grandes équipes refusent en revanche de participer : Sky, Omega Pharma-Quick Step, BMC, Saxo-Tinkoff, RadioShack, Movistar, Cannondale et Euskaltel. Il faut dire que depuis six ans, seule une équipe a été exclue. Il s'agit en 2009 de la Columbia qui a manqué à "l'éthique du mouvement." ### 2008 : "L'EPO nouveau est arrivé" Dès la première étape du Tour 2008, l'Espagnol Manuel Beltran de l'équipe Liquigas est contrôlé positif à l'EPO. Suivront l'Espagnol Moisés Dueñas et l'Italien Riccardo Ricco. Quatre mois après l'arrivée à Paris, les prélèvements de trois autres coureurs sont analysés et révèlent la présence de traces d'EPO : l'Italien Leonardo Piepoli, l'Allemand Stefan Schumacher et l'Autrichien Bernard Kohl. L'année 2008 marque l'arrivée d'une nouvelle EPO, l'EPO de troisième génération appelée "CERA". Bernard Kohl, troisième du Tour cette année-là et meilleur grimpeur s'étendra un an plus tard sur les conditions de son dopage : > Quand j'ai appris que l'Agence française de lutte contre le dopage allait procéder à de nouvelles analyses après le Tour, là, oui, j'ai accusé le coup. Et j'ai encore une fois cherché à me rassurer : OK, j'étais mort, mais nous étions tous morts ! Bien d'autres coureurs en avaient pris. Qu'allaient faire les autorités françaises ? Supprimer le classement complet du Tour ? Je me suis dit qu'ils n'oseraient pas. Bizarrement, nous n'avons été que trois à plonger. J'ai la conviction que les dix premiers auraient pu être positifs. En 2008, une équipe de France Télévisions suit les équipes chargés des contrôle anti-dopage : ### 2010 : "Il n'y a pas de secrets dans ma valise" Chaque année, le Tour de France se trouve au coeur de polémiques liées au dopage. Les coureurs ont longtemps nié cette pratique mais ils reconnaissent de plus en plus souvent avoir eu recours à des produits dopants. Florilège de décalarations sélectionnées par l'INA : ### EPO, te quiero En 2007, la Plage Records, le label d’Emmanuel et Sébastien Lipszyc crée un morceau sur les produits dopants. Nous sommes à quelques semaines du début du Tour de France. > EPO, te quiero, grâce à toi, je serai numero uno. Grâce à toi j'aurai le plus beau des maillots.
Ce label spécialisé dans les musiques de pub a déjà sorti le morceau ["Coup de boule"](http://www.youtube.com/watch?v=kWAJhUNj8Xg) l'année précédente après le coup de tête de Zinédine Zidane contre Materazzi en finale de la Coupe du monde de football. La chanson "EPO Te quiero" est une grande blague alors que l'agence anti-dopage américaine étudie le cas "Floyd Landis", vainqueur l'année précédente et bientôt déchu de son titre. Le chanteur est un sosie de Luis Mariano : moustache fine, tenue de Mariachi, sourire "ultra-bright. Le clip est un plan unique où le chanteur pédale, une gourde d'EPO à la main. Mise en avant par Dailymotion, la vidéo a été vue un peu plus de 200 000 fois.
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