L'ancien premier ministre de Malaisie a affirmé sur le réseau social que "les musulmans ont le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé". Signalé des milliers de fois à la plateforme gouvernementale Pharos, le tweet a finalement été supprimé par Twitter.

L'ancien premier ministre de Malaisie, âgé de 95 ans, a publié un long thread en réaction à l'attentat de Conflans-Saint-Honorine
L'ancien premier ministre de Malaisie, âgé de 95 ans, a publié un long thread en réaction à l'attentat de Conflans-Saint-Honorine © AFP / Nurphoto / Zahim Mohd

Quelques heures après l'attentat de Nice qui a fait 3 morts, dans et aux alentours de la basilique Notre-Dame de l’Assomption, l'ancien Premier ministre de Malaisie, Mahathir bin Mohamad, a rédigé une série de tweets, "aimé" 3 800 fois et retweeté près de 2 000 fois, ainsi qu'une publication Facebook partagée 1 700 fois, en un peu plus de 4 heures.

C'est le 14ème tweet de ce "thread" qui a fait réagir de nombreux internautes. L'ancien Premier ministre de la Malaisie, dont la majorité de la population est de confession musulmane, y affirmait que "les musulmans ont le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé". "Dans l'ensemble, les musulmans n'ont pas appliqué la loi du Talion "œil pour œil"", dit-il ensuite. Pourtant, à ses yeux, "les musulmans" auraient d'autant plus "le droit de punir les Français", que ceux-ci auraient "blâmé tous les musulmans et la religion musulmane pour ce qui a été fait par une personne en colère".

Le meurtre "pas conforme aux enseignements de l'islam, mais"...

Au début de la publication, l'ancien chef de parti assure pourtant : "Le meurtre n'est pas un acte que j'approuverais en tant que musulman", à propos du meurtre du professeur Samuel Paty. "Mais si je crois en la liberté d’expression, je ne pense pas que cela implique d’insulter les autres". Plus loin il répète que "cela n'est pas conforme aux enseignements de l'islam. Mais quelle que soit la religion professée, les gens en colère tuent. Les Français au cours de leur histoire ont tué des millions de personnes. Beaucoup étaient musulmans."

Il décrit ensuite les "habitudes", voire les "pratiques étranges" de "l'Occident", comme le fait que "de plus en plus de parties du corps [des femmes européennes] sont exposées". "L'Occident ne devrait pas essayer d'imposer cela par la force aux autres", argue-t-il, en prônant à l'inverse ce qui serait le modèle de la société malaisienne, "consciente de la nécessité d'être sensible aux sensibilités des autres". Il vise ensuite le président Emmanuel Macron qu'il juge "très primitif en blâmant la religion de l'islam et les musulmans pour le meurtre du professeur insultant".

Des milliers de signalements

La plateforme gouvernementale Pharos a reçu de "nombreux signalements" pendant plusieurs heures, selon la réponse adressée à utilisateur qui a lui-même signalé le tweet. Face aux nombreuses réactions, le tweet a été caché avec un avertissement indiquant qu'il avait "enfreint les règles de Twitter relatives à la glorification de la violence", mais il suffisait d'un clic pour pouvoir le voir, la plateforme estimant "que sa disponibilité peut présenter un intérêt pour le public". Il suffisait donc de cliquer sur "voir" pour lire le tweet.

C'est ce qui a fait bondir le député En Marche, ancien secrétaire d'État au numérique, Mounir Mahjoubi, jugeant qu'en ne supprimant pas ce tweet "d'appel au meurtre", la plateforme faisait preuve d'une "incroyable irresponsabilité".

En début d'après-midi, l'actuel secrétaire d'État chargé du numérique, Cédric O, a indiqué s'être entretenu avec le Directeur Général de Twitter France et "exigé" la suspension du compte de Mahathir bin Mohamad, suivi par plus de 1 300 000 personnes. "Twitter ne saurait se rendre complice d'un appel au crime", a-t-il expliqué.

Le tweet sera finalement supprimé, "pour avoir violé notre politique en matière d'apologie de la violence", précise un porte-parole de Twitter. En revanche, le compte est pour l'instant toujours actif, et le reste du thread toujours visible. Quant à la publication sur Facebook, elle a été supprimée en fin d'après-midi par la plateforme, "pour violation de nos standards de la communauté". "Nous n'autorisons pas les discours de haine sur Facebook et condamnons fermement tout soutien ou appel à la violence, au meurtre ou aux atteintes physiques", indique un porte-parole de l'entreprise Facebook.

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.