Le "Dry January" à la française, comprendre "Janvier sans alcool", a-t-il été avorté ? Le projet, inspiré d'une initiative britannique, se serait même appelé un temps "Janvier Zéro Degré" : il a provoqué le courroux du lobby du vin.

L'opération existait, et s'est même appelée un temps "Janvier Zéro Degré".
L'opération existait, et s'est même appelée un temps "Janvier Zéro Degré". © Getty / Lumina Images / Blend Images LLC

Les fédérations anti-addiction sont vent debout depuis quelques jours. D'après elles, le gouvernement aurait finalement renoncé, sous la pression du lobby viticole, à lancer une opération "Dry January" en France, comme ça se fait depuis des années en Grande Bretagne : un mois sans boire la moindre goutte d’alcool. L’initiative connaît un grand succès au Royaume-Uni : 4 millions de Britanniques y ont participé en 2018. Ils sont plus de 100.000 à s’être inscrits sur le site de l’opération ou à avoir téléchargé l’application. Une opération menée sous la houlette de l’association Alcohol Concern.

Le lobby du vin remonté contre l'opération

En France, serait-il difficile de faire porter une telle initiative par les pouvoirs publics ? La ministre de la santé Agnès Buzyn soutient que rien n'était validé dans son ministère, mais les addictologues affirment de leur côté que l'opération a été stoppée net alors qu'elle était déjà prête.

Si on regarde le site internet de l'Association nationale des élus de la vigne et du vin (ANEV),  le lobby du vin, un article en date du 7 novembre dit les choses assez clairement : il explique que Santé publique France planifie pour le mois de janvier un mois sans alcool, et le lobby, naturellement, s'en désespère. L'article rappelle qu'au mois de janvier on fête le Nouvel an, et que les vignerons fêtent même leur saint patron, Saint-Vincent, le 22 janvier. L'Association déplore qu'en pleine période de vœux, les pouvoirs publics portent ainsi un message d'abstinence, d'autant que la filière viticole traverse d’après elle des moments difficiles : elle appelle donc le gouvernement à renoncer a son projet.

Une opération "Janvier Zéro Degré" avortée

Que s'est-il réellement dit au plus haut sommet de l'État ? Ce qui est sûr, plusieurs addictologues l'ont confirmé à France Inter, c'est que ce projet de mois sans alcool était bel et bien sur les rails. Un projet porté par Santé Publique France, qui travaillait dessus depuis des mois. L'opération s'est même appelée un temps "Janvier Zéro Degré". Certains acteurs de prévention en addictologie ont même eu dans les mains il y a huit jours le dossier de presse de l'opération. La campagne de communication était prête à être lancée. 

Une réunion au ministère de la Santé en début de semaine aurait sonné la fin de partie. Dépitées, les fédérations anti-addiction ont donc décidé de s'unir et de mener toutes seules leur propre campagne au mois de janvier prochain.

Jean-Michel Delile, le président de la Fédération Addiction, louait au micro de franceinfo ce défi : "C'est une excellente résolution parce que cela permet au foie de récupérer, et cela permet plus globalement à l'organisme de se remettre. On récupère un meilleur sommeil, une meilleure forme dans la journée, on perd un peu de poids. Que des effets positifs qui sont relativement rapides. Ce qui est plus compliqué, c'est d'y parvenir. Un mois complet sans alcool ce n'est pas une mince affaire."

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