Entre agir vite ou dans la précipitation, il n'y a qu'un pas. Un rapport sénatorial dénonce le "bricolage" des pouvoirs publics en matière de déradicalisation.

Campagne de prevention contre le recrutement djihadiste.
Campagne de prevention contre le recrutement djihadiste. © www.stop-djihadisme.gouv.fr

C'est en 2014 que les pouvoirs publics français engagent les premières actions de lutte contre la radicalisation djihadiste. Le phénomène est récent et inédit, surtout dans l'intention de mourir pour une cause. La volonté d'agir, bien réelle dès lors, est précipitée après les attentats de Paris qui font 147 morts en janvier et novembre 2015. Dans leur rapport, les sénatrices Catherine Troendlé (LR) et Esther Benbassa (EELV), dénoncent presque la panique dans laquelle tout cela s'est fait. Le gouvernement met de l'argent sur la tabe, communique beaucoup : il faut rassurer les Français quant à ce vertige de la radicalisation de jeunes gens de tous milieux sociaux.

Beaucoup de ratés dans la précipitation

Environ quatre-vingt structures répondent à l'appel d'offres. La plupart s'occupaient jusqu'alors d'enfance en danger. Les personnels sont formés trop vite, trop peu... La parlementaire Catherine Troendlé reproche aux associations d'avoir "sauté sur un marché qui sentait l'argent frais". Et évidemment en matière de déradicalisation, le low-cost, cela ne fonctionne pas !

Par exemple, le projet pilote mené à Beaumont-en-Véron n'a pas donné résultat convaincant. Le centre, installé dans un village d'Indre-et-Loire, expérimentait un fonctionnement à mi-chemin entre un milieu totalement ouvert et un milieu carcéral, sur la base du volontariat. Problème, son éloignement géographique a eu un effet repoussoir et il n'y a plus aucun occupant depuis le début du mois de février. Pire, des phénomènes d'emprise entre personnes en voie de radicalisation ont pu être constatés dans ce centre qui a coûté 2,5 millions d'euros à l'État.

Des exemples à suivre

D'autres structures travaillent quand même plus efficacement. À Lille, à Bordeaux ou encore dans le Haut Rhin. Par exemple, la discrète association Accord 68 à Mulhouse qui, selon les deux sénatrices, fait un "travail sérieux et efficace de professionnels qui ont une expérience de prévention de la délinquance". Ces structures font du cousu-main, du suivi étroit avec les travailleurs sociaux, les psychiatres, les psychologues... Elles prennent en compte les familles. Tout cela pour arriver à une insertion et une activité professionnelle.

Selon le rapport, les programmes sont inutiles pour les djihadistes les plus radicaux. Mais 80% des personnes signalées en France peuvent être accompagnées estime le psychanalyste Patrick Amoyel. C'est sur ces publics-là qu'il faut se concentrer préconise Catherine Troendlé.

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