[scald=66657:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le fisc français réclame près de 108 millions d'euros d'impôts impayés à l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt après la découverte de comptes occultes à l'étranger et d'une île des Seychelles achetée clandestinement, a-t-on appris mardi de source proche du gouvernement.

Le cabinet de la ministre du Budget Valérie Pécresse a confirmé l'existence d'un redressement évoqué par le site d'information Mediapart, sans souhaiter en préciser le montant.

Il porte sur 108 millions, a dit la source proche du gouvernement, expliquant que le montant de 78 millions d'euros évoqué par Mediapart s'ajoutait à un autre redressement portant sur une trentaine de millions.

Ce montant global de 108 millions, encore en discussion, est abordable pour la milliardaire de 89 ans, considérée comme la troisième fortune de France et la 15e au monde avec environ 17 milliards d'euros, selon des classements de Challenges et Forbes.

Cette procédure fiscale est la conséquence de l'enquête pénale engagée après la remise à la justice d'enregistrements clandestins de conversations en 2010 entre la milliardaire et son gestionnaire de fortune Patrice de Maistre.

Les sommes aujourd'hui exigées au titre de l'impôt sur la fortune (ISF) pour les années 2004 à 2010 et, au titre de l'impôt sur le revenu, pour les années 2006 à 2009, sont encore en négociation avec le fisc, dit Mediapart.

Ces discussions devraient être menées avec les avocats de Françoise Meyers, fille de Liliane Bettencourt, qui a obtenu de gérer la tutelle de sa mère ordonnée fin octobre par la justice du fait d'un état de "démence" constaté par des experts.

Le fisc, qui mène ses enquêtes en parallèle à celles de la justice pénale, a découvert 12 comptes bancaires cachés en Suisse et à Singapour, qui recelaient près de 100 millions d'euros fin 2010. L'île d'Arris, dans les Seychelles, où Liliane Bettencourt passe ses vacances, a été acquise en 1997 via le Liechtenstein et non déclarée.

La milliardaire avait annoncé le rapatriement en France de ses avoirs cachés en 2010, après la publication des enregistrements compromettants.

L'enquête pénale en cours à Bordeaux vise notamment des soupçons de financement politique illégal au profit supposé de l'UMP et de Nicolas Sarkozy, ce qui avait conduit l'opposition à estimer que la milliardaire bénéficiait de favoritisme fiscal.

Le Parti socialiste s'est félicité de ce redressement fiscal dans un communiqué, tout en s'étonnant de son caractère tardif.

"Il aura fallu des mois de révélations de journalistes, des interventions répétées de l'opposition pour que la loi soit respectée. La responsabilité n'est manifestement pas au programme pour tous", écrit-il.

"A l'heure où la droite (...) ne cesse d'exiger des bénéficiaires du RSA et même des malades d'être responsables, la différence de traitement entre les citoyens selon qu'ils soient riches ou pas est intolérable", ajoute-t-il.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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