[scald=107807:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le frère de Mohamed Merah et son épouse sont arrivés samedi matin au siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), dans la banlieue de Paris, où ils pourraient faire l'objet de poursuites, a-t-on appris de source judiciaire.

Lors de sa garde à vue à Toulouse, Abdelkader Merah s'est déclaré "fier" des actes commis par son frère, qui a été abattu jeudi par la police après avoir commis sept meurtres, a déclaré une source policière, confirmant une information du Parisien.

Cette source ajoute qu'il a reconnu sa complicité dans le vol, le 6 mars dernier, du scooter Yamaha T-Max qui a servi dans les assassinats de trois militaires et de quatre personnes de confession juive, dont trois enfants, mais qu'il a nié être au courant des projets meurtriers de son jeune frère de 23 ans.

Nicolas Sarkozy a réuni ce samedi ses principaux ministres et les chefs des services de sécurité pour débattre des suites à donner à l'affaire de Toulouse, a annoncé l'Elysée.

Le convoi dans lequel se trouvaient Abdelkader Merah, 29 ans, et son épouse est arrivé de Toulouse après un transfert en avion à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), à la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la DCRI.

La garde à vue de la mère de Mohamed Merah a été levée vendredi soir à Toulouse, a annoncé samedi le parquet.

Les gardes à vue des trois proches de l'auteur des tueries avaient été prolongées jeudi pour déterminer s'il a bénéficié de complicités, mais le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, a dit dans Le Monde ne pas croire à l'existence d'un réseau.

Les policiers peuvent interroger Abdelkader Merah et son épouse jusqu'à dimanche matin sous le régime de la garde à vue, qui expirera après 96 heures. Ils devraient ensuite être déférés devant un juge qui décidera s'il y a suffisamment d'éléments pour les mettre en examen.

SOUTIEN LOGISTIQUE ?

Abdelkader Merah, son épouse et la mère de Mohamed Merah ont été entendus depuis mercredi dans les locaux du service régional de police judiciaire de Toulouse.

La justice a la conviction que le jeune homme, qui a filmé ses attaques, a participé seul aux tueries, mais l'enquête doit dire s'il a éventuellement agi pour le compte d'une organisation et s'il a bénéficié d'un soutien logistique.

Mohamed Merah a assuré aux policiers qui l'assiégeaient que sa mère et son frère n'étaient pas au courant de ses projets.

Mais les enquêteurs se demandent comment le jeune homme, supposé vivre de l'aide de l'Etat, a pu se constituer un arsenal, dont un pistolet mitrailleur Sten et un fusil mitrailleur Uzi, louer une Renault Mégane et se procurer un second véhicule, une Clio.

Selon le procureur de Paris François Molins, Mohamed Merah a expliqué qu'il finançait ses activités par des cambriolages.

Les enquêteurs vont donc mener un travail de fourmi "pour retrouver l'origine de chaque arme et l'existence de ces braquages", dit une source policière.

Abdelkader Merah était fiché comme un intégriste religieux et avait également été inquiété pour sa participation présumée dans une filière d'acheminement de djihadistes en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen.

Selon une source policière, Zoulikha Aziri, la mère du tueur, a épousé le père d'un homme qui appartenait à un groupe radical de l'Ariège dont les membres ont été condamnés pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" en 2009.

Les services de police auraient mis en évidence à partir de 2008 les liens entre les frères Merah et ce groupe, hébergé par un chef religieux autoproclamé, un Français né en Syrie et surnommé "l'émir blanc."

SÉJOURS EN AFGHANISTAN

Mohamed Merah a envoyé de l'argent en prison à l'un des membres du groupe, Sabri Essid. Plus tard, les familles Merah et Essid se sont liées lors du mariage de Zoulikha avec le père de Sabri Essid.

Pour Bernard Squarcini, les liens de Mohamed Merah avec ce groupe sont "peut-être une simple solidarité de cité". Il souligne que le jeune homme n'avait que 18 ans à l'époque et qu'il ne pouvait pas apparaître comme un "activiste chevronné."

Mohamed Merah a dit aux policiers avoir accepté une mission d'Al Qaïda pour un attentat lors d'un séjour au Pakistan et les services de renseignement vont devoir approfondir leurs investigations à ce sujet.

En 2010, Mohamed Merah a effectué un premier séjour en Afghanistan. Selon le procureur de Paris, il est parti par ses propres moyens, avec un visa touristique. Arrêté à Kandahar lors d'un contrôle routier, il est remis aux forces américaines et revient en France.

Le second séjour en 2011, dans la zone tribale du nord-ouest du Pakistan aurait été interrompu par Mohamed Merah lui-même, victime d'une hépatite.

"Il a déclaré au Raid qu'il avait subi un entraînement particulier par une seule personne", assure le "patron" de la DCRI, confirmant que le jeune homme avait voyagé en Turquie, en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Israël.

Interrogé à son retour par la DCRI, Mohamed Merah aurait affirmé avoir fait un voyage touristique et cherché une épouse, ajoute le responsable policier.

Yves Clarisse, avec Nicolas Bertin et Emmanuel Jarry

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