Ce mardi matin, sur France Inter, la ministre de la transition écologique promettait que "plus de la moitié des utilisations du glyphosate seront interdites à partir de l'an prochain". L'engagement de la ministre est-il crédible ?

Désherbage mécanique d'une jeune vigne bio
Désherbage mécanique d'une jeune vigne bio © Maxppp / Christian Watier

"Sur le glyphosate, on a une mission en cours, on va avoir des interdictions sur plus de la moitié des utilisations dès le début de l’année prochaine. Ce n’est pas suffisant, on va continuer à travailler." expliquait Barbara Pompili ce mardi matin.

Alors qu'en 2017 la France s'est fixée comme objectif : une interdiction totale du désherbant controversé en 2023 et qu'Emmanuel Macron reconnaissait l'an dernier que le pays aurait du mal à se passer du glyphosate à 100% en trois ans, 50% en 2021, est-ce que c'est crédible ?

Pour Jean-Luc Fugit, député du Rhône et rapporteur LREM de la mission parlementaire sur la stratégie de sortie du glyphosate, "c’est réaliste sous certaines conditions". 

Aujourd’hui, la France veut interdire les produits à base de glyphosate quand il y a une alternative crédible pour la santé et l’environnement avec "un surcoût acceptable" pour la filière agricole. 

Après des mois d’auditions de tous les acteurs de ce dossier sensible, Jean-Luc Fugit estime que l’annonce de la ministre de la Transition écologique est "réaliste". La principale solution est, selon lui, le désherbage mécanique : "Je pense qu’on doit pouvoir y arriver pour la simple et bonne raison qu’il y a un certain nombre de pratiques culturales aujourd’hui pour lesquelles on a des solutions, je pense à la viticulture en terrain plat où l’on doit pouvoir se passer de glyphosate. Je pense que dans les céréales, les cultures en grande surface on peut y arriver".  

Il existe des alternatives au glyphosate mais elles ont un coût pour les agriculteurs

Possible, mais à condition d’indemniser les agriculteurs, précise le député du Rhône, car les alternatives au glyphosate sont souvent plus coûteuses en machines et main d’oeuvre. C’est ce que montrent les trois rapports sur les alternatives au glyphosate pour la viticulture,  l’arboriculture ou les grandes cultures de l’institut agronomique public, l’Inrae.

Parmi les sources de financement pour accompagner les agriculteurs dans cette transition, le préfet Pierre Etienne Bisch, le Coordinateur interministériel du plan de sortie du glyphosate, mise notamment sur les Paiements pour services environnementaux (PSE), une pratique consistant à offrir une rémunération aux agriculteurs en contrepartie de l’adoption de pratiques pour préserver l’environnement. Autre piste : la réforme pour verdir la Politique agricole commune (Pac) de l’Europe. Lors de son audition devant la  Mission parlementaire sur la stratégie de sortie du glyphosate, le 30 juin 2020, le préfet a également suggéré de revoir les crédits alloués aux plans Ecophyto, les feuilles de route mises en œuvre depuis 2008 par le gouvernement pour réduire l’usage des pesticides. Le préfet Bisch rappelle que la Cour des comptes a épinglé cette stratégie en février dernier car ses effets "sont très en deçà des objectifs" malgré la mobilisation "d’environ 400 millions d’euros" de fonds publics rien qu’en 2018. 

Devant les élus de la mission parlementaire, Pierre-Etienne Bisch reconnait qu’il y a une baisse structurelle de l’usage du glyphosate en France "-10 % si on lisse sur les trois dernières années". Mais c’est insuffisant, il faut "des obligations réglementaires".  

Pour certains types de cultures, il n’y a pas à ce jour, d’alternative convaincante

Comment désherber mécaniquement dans des terrains très pentus ? Comment passer les engins entre les arbres fruitiers sans arracher le système d’arrosage en goutte à goutte au sol ? Christian Durlin vice-président de la commission environnement du syndicat agricole FNSEA explique que les agriculteurs sont prêts à faire des efforts mais qu’il faut quand même des dérogations : "Par exemple en viticulture ou en arboriculture, il faut bien que pour le désherbage sur les sols caillouteux ou sur de fortes pentes on puisse encore utiliser le glyphosate puisque ce n’est pas mécanisable".  

Auditionné par la Mission parlementaire sur la stratégie de sortie du glyphosate le 23 juillet 2020, Roger Genet, le directeur général de l’agence sanitaire l’Anses, reconnaît qu’il y a des impasses techniques et qu’il y aura des dérogations à l’interdiction du  glyphosate.

Christian Durlin, par ailleurs agriculteur dans le département du Pas-de-Calais, dénonce aussi des injonctions contradictoires notamment pour ce qu’on appelle l’agriculture de conservation des sols (ACS) : "On nous a expliqué pendant plus de 15 ans qu’il ne fallait pas labourer les  champs afin de stocker le carbone dans le  sol et ainsi lutter contre le réchauffement climatique. Et maintenant, on nous dit de remettre des charrues dans les champs pour se passer du glyphosate". 

Produits interdits, limités ou autorisés : la réponse fin septembre 

L’Anses est en quelque sorte le juge de paix dans ce dossier très sensible. L’agence sanitaire termine en ce moment l’examen des demandes d’autorisation de mises sur le marché (AMM) des produits à base de glyphosate

Elle dira fin septembre, quels produits sont retirés du marché, ceux pour lesquels il y aura des restrictions d’usage et ceux qui seront autorisés à nouveau. Pour ceux-là, "il y aura un délai de grâce de 12 mois (6 mois à la vente et 6 mois à l’usage)" a expliqué Patrick Genet devant la mission parlementaire.   

Signe que les fabricants ont senti le vent tourner et que les interdictions se multiplient : il y avait plus de 300 demandes d’autorisation de mises sur le marché de produits à base de glyphosate en 2016, contre une vingtaine aujourd’hui.