C'est le genre de formule qui vient facilement à la bouche lorsque l'on zappe à la télé. On tombe sur Vincent Lagaf’, sur Christophe Dechavanne ou sur Sophie Davant, on se dit « tiens, je vais me détendre un peu, elle est sympa, Sophie Davant ! » Mais au bout de dix minutes, on n'est pas détendu du tout. Plutôt accablé... Et l'on change alors de chaîne en soufflant que c'est vraiment du « grand n'importe quoi »... Une expression qu'on utilise aussi dès qu'on n'arrive pas à comprendre un truc : le mode d'emploi de sa nouvelle cafetière, le prix du kilo de cerise ou comment rentrer dans le jean qu'on vient de sortir du sèche-linge... On regarde le jean, on regarde ses jambes, on regarde le sèche-linge puis on se jette sur la balance et là, on se dit que franchement c'est du « grand n'importe quoi ». Idem quand on évoque les dernières déclarations de Florent Pagny ou bien la garde-robe de Pénélope Fillon. Ce n'est jamais du « petit », ni du « moyen n'importe quoi », toujours du « grand n'importe quoi ». Comme dans les expressions « Grand-messe » ou « grand air ». Les meetings politiques sont qualifiés de « Grands-messes ». On ne dit pas « Petits-Messes » et lorsque l'on va se promener, on dit qu'on va prendre le « grand air ». On ne dit pas le « petit air ». Pas plus qu'on ne dit « Petit Guignol » pour parler d'un spectacle abusant de situations exagérées. On dit toujours que c'est du « Grand Guignol ». Avec « petit » aussi, d'ailleurs, il y a des expressions. Quand on a une « petite envie », on va au « petit coin »... On ne dit pas « grand coin ». Et quand on a un « petit creux », on va se prendre un « petit beurre » ou alors un « petit suisse », un « petit filou »... On ne dit pas « grand beurre » ni « grand suisse »... Mais on peut dire « grosse filou »... « Nein, bédit filou ! » « Nein, grosse filou ! » « Nein, bédit filou ! » Même au théâtre, le mot « grand » fonctionne moins bien… « Le petit chat est mort », ça marche… Mais « le grand chat est mort », ça n’est pas beau du tout. Contrairement aux « Grands-messes », au « grand air » ou au « Grand Guignol », le « grand n'importe quoi » ne signifie, de surcroît, pas grand chose. Qu'importe si l'on indique qu'il est « grand », il n'y a pas plus imprécis que du « n'importe quoi ». Il peut aussi bien signifier « compliqué », « insoluble », « sans queue ni tête », ou « mauvais ». C'est d'ailleurs dans ce dernier sens qu'il est utilisé quand il est question des personnes. Les footballeurs de l'équipe de France, c'est « du grand n'importe quoi ». Les chanteurs qui concourent à l'Eurovision, c'est toujours « du grand n'importe quoi ». Le ministre des Affaires Etrangères ou celui de la Défense, c'est « du grand n'importe quoi ». Il serait pourtant plus juste de dire « du grand n'importe qui ». Ou bien, là ce serait adapté, de parler de « petits guignols »... « Nein, grosse Guignol ! » Chronique (« Gimmick ») du 12.11.2010 dans l’émission « Comme on nous parle ». A retrouver dans le livre « Mots en toc et formules en tic » - éditions Le Seuil / France Inter.

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