Nous sommes un journal
Nous sommes un journal © capture d'écran

Bruno Ledoux va reprendre l'entier contrôle de Libération menacé de faillite. Il possédait jusqu'à présent 26% du journal et une partie de l'immeuble de la rue Béranger. Le tribunal de commerce de Paris a validé son projet d'injecter 18 millions d'euros d'ici à juin. Pour payer les salaires d'avril et retrouver un peu de trésorerie, le désormais unique propriétaire du titre va également prêter en urgence 4 millions d'euros.

L'homme d'affaire a démarché d'autres investisseurs pour le rejoindre, notamment Patrick Drahi, PDG du groupe Altice et Numéricable et récent acquéreur de SFR. L'entourage de Patrick Drahi n'a pas rejeté la proposition mais estime qu'elle ne fait pas partie des priorités d'Altice. Aucun actionnaire actuel, Edouard de Rothschild ou l'Italien Ersel, n'a souhaité participer à cette opération financière. Bruno Ledoux va donc devenir l'unique propriétaire de Libération co-fondé en 1973 par Jean-Paul Sartre.

La défiance de sa rédaction

Les salariés de Libération s'opposent depuis plusieurs mois au projet de Bruno Ledoux qui voudrait valoriser le journal en l'adossant à un vaste projet comprenant un réseau social, des contenus multimédia, un espace culturel, une Libé TV voire un restaurant sur la terrasse de l'immeuble du journal. La rédaction estime que les valeurs du journal seraient mises en péril avec ce projet. Chaque jour, ils écrivent sur leur quotidien de journal en lutte sous la rubrique "Nous sommes un journal."

La décision du tribunal de commerce donne les coudées franches à Bruno Ledoux qui va pouvoir réorganiser le journal avec le président du directoire François Moulias, et le nouveau directeur opérationnel, Pierre Fraidenraich. Ils devront notamment nommer un directeur de la rédaction et décider de conserver l'immeuble du journal ou de déménager.

La crainte d'un plan social

Les syndicats ont demandé la tenue dans la semaine d'un comité d'entreprise pour connaître dans le détail les plans de la direction. Ils craignent notamment un plan social. "Pour l'instant, c'est une bouffée d'air, a réagi auprès de l'AFP, la déléguée CGT Fatima Brahmi, mais on est dans l'attente du reste de l'argent car les quatre millions d'euros ne suffiront pas." De son côté, le délégué Sud Tonino Serafini explique : "on est à la fois rassurés d'être sortis de la cessation de paiement mais on sera très vigilants pour la suite, car il reste des questions en suspens dont les postes de patrons du journal et de directeur de la rédaction à pourvoir."

Libération est au bord de la faillite. Ses ventes ont chuté de près de 15% en un an avec 89 000 exemplaires vendus en février, contre 160 000 par jour en 2000.Depuis 2009, les ventes en kiosque (29 000 exemplaires en février) ont été divisées par deux. En mars dernier, le journal comptait 230 salariés dont environ 150 journalistes.

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