Le rapport remis ce vendredi au gouvernement dans le cadre d’un projet de loi sur les violences sexistes et sexuelles appelle à mieux sensibiliser et d’avantage former.

Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie, et Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes
Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie, et Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes © AFP / ALAIN JOCARD

Qui aurait imaginé le 5 octobre dernier l’impact qu'aurait l'affaire du producteur américain Harvey Weinstein ? Et pourtant, les dizaines de témoignages de célébrités outre-Atlantique ont permis des délier les langues et les claviers, y compris en France. Moins d’une semaine après le lancement du hashtag #balancetonporc et #metoo sur les réseaux sociaux, la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes a mis un coup d’accélérateur pour prouver la volonté de réaction du gouvernement français. 

Marlène Schiappa avait déjà annoncé qu’une loi contre les violences sexuelles et sexistes verrait le jour au premier semestre 2018. Une loi menée aussi avec Nicole Belloubet, la ministre de la Justice. Dans ce cadre, la secrétaire d’État s’est vue remettre ce vendredi matin un manifeste porté par Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie. Un manifeste contre l’impunité des crimes sexuels qui contient huit mesures concrètes.

Mieux éduquer les enfants et les professionnels  

L’un des objectifs affichés de cette loi est bien "d’abaisser le seuil de tolérance de la société" selon Marlène Schiappa. Pour ça, il faut évidemment passer par l’éducation des enfants selon Muriel Salmona. Pour la professionnelle, il faut informer sans relâche et dès le plus jeune âge, en particulier sur les questions du consentement et de la non-violence. 

Si un médecin généraliste vous a récemment demandé si vous aviez déjà été victime de violence sexuelles ou de harcèlement, sachez que c’est une tendance très récente et rare. C’est ce que prouve les chiffres avancés dans le manifeste par la psychiatre Muriel Salmona : 82% des étudiants en médecine n’ont pas eu de formation sur les violences sexuelles (enquête menée en 2015 par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie). Une absence de connaissance qui empêche la bonne prise en compte du problème selon Muriel Salmona mais aussi, sa mauvaise détection. La professionnelle suggère de mettre en œuvre une formation au "dépistage précoce", qui pourrait aussi être proposée aux forces de l’ordre.

Pour que les victimes qui osent parler sortent du sentiment de solitude qui les entoure, la psychiatre demande la création de centres de crise accessibles en permanence, à toutes heures du jour ou de la nuit.

La question de la prescription des crimes sexuels sur mineurs

Dans son manifeste, la psychiatre Muriel Salmona recommande l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur les mineurs contre le délai actuel de vingt ans à partir de la majorité de la victime. Un délai qui ne passera pas le filtre du Conseil constitutionnel selon la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes. Marlène Schiappa qui plaide elle pour un délai rallongé à trente ans à partir de la majorité des victimes, comme le suggérait l’animatrice Flavie Flament (elle-même victime de viol) dans son rapport final sur le délai de prescription applicable aux crimes sexuels commis sur mineurs. 

Un délai de prescription allongé qui ne permettra pas plus d’avancées juridique selon le Syndicat de la magistrature. Comme le précisait la secrétaire nationale du syndicat Katia Dubreuil sur franceinfo, avec les années les preuves s’amenuisent et "on ne peut pas fonder une condamnation d’une personne sur l’unique parole de la victime". 

Le manifeste contre l'impunité des crimes sexuels veut aussi améliorer le système juridique autour des violences sexuelles, en créant notamment des juridictions spécialisées avec des magistrats formés aux psychotraumatismes. Muriel Salmona y demande aussi que le consentement pour les mineurs reste à l'âge de quinze ans et soit appliqué tel quel. La semaine dernière, la justice n'a pas retenu la qualification de viol sur une fillette de onze ans par un homme de 28 ans car elle était considérée "consentante". 

De nouvelles accusations … au sein du ministère du Travail

Alors que le gouvernement mobilise donc pour prouver sa volonté d’agir, trois syndicats dénoncent ce vendredi midi des violences sexistes et sexuelles au sein du ministère du Travail. Dans une lettre ouverte ils dénoncent "la passivité" voire le "mépris le plus total de l’administration" quand ces cas de harcèlement sexuel, de discrimination et d’exhibitionnisme sont dénoncés. Pour lutter contre ces violences, les syndicats demandent –eux aussi – une meilleure formation, notamment pour les inspectrices et inspecteurs du travail qui collectent les paroles des victimes.

En cas de problème vous pouvez contacter le 3919, numéro anonyme et gratuit, ou le site du gouvernement. Il existe aussi un tchat en ligne, comme le propose l'association En avant toutes, qui aborde notamment la question sensible du consentement. 

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