Le Directeur général de la santé a rencontré les représentants de l'Apesac, l'association d'aide aux parents d'enfants souffrant du syndrome de l'anti-convulsivant.

Plus de 10 000 femmes auraient pris de la Dépakine, entre 2007 et 2014
Plus de 10 000 femmes auraient pris de la Dépakine, entre 2007 et 2014 © Maxppp / Julio Pelaez

L'affaire de la Dépakine,  antiépileptique qui présente des risques élevés pour la santé du fœtus, est en passe de s'imposer comme un nouveau scandale sanitaire à retardement qui pourrait avoir fait des milliers de victimes.

En février dernier, l'Inspection générale des affaires sociales évaluait à 450 le nombre d'enfants nés avec des malformations congénitales entre 2006 et 2014, après avoir été exposé in utero à ce médicament contre l'épilepsie. Un chiffre largement sous-estimé selon l'Apesac qui estime à 30 000 le nombre d'enfants touchés depuis la fin des années 60.

Le ministère de la Santé doit présenter les résultats d'une étude sur le sujet menée par l'Agence du médicament et la sécurité sociale. Selon un article du Canard Enchaîné du 10 août, cette étude montre qu’outre les malformations chez le fœtus, la Dépakine aurait provoqué des retards intellectuels et moteurs. Une étude, dont la première partie aurait été communiquée au ministère de la Santé dès la mi-juillet, mais aurait été cachée aux familles. Le ministère a démenti et assuré que l'ensemble de l'étude serait présentée le 24 août. Le nombre de 14 322 femmes enceintes exposées à la Dépakine de 2007 à 2014 a été confirmé à l'issue de la rencontre au ministère.

Le ministère a également promis un plan d'action dès septembre pour aider les familles

Franck a 49 ans, et trois enfants nés sous Dépakine, un combat de tous les jours pour ce père de Fécamp. Le benjamin, cinq ans, souffre d'un retard de langage, le cadet de troubles de l'attention et l'aînée, 14 ans, d'une forme sévère d'autisme. Franck : "Pour ma fille aujourd’hui c’est une thérapie de groupe pour tous ces troubles envahissants du développement. S’organiser, se lever, prendre un petit déjeuner. Si vous n’êtes pas là ça ne se fait pas."

Pour l'adolescente, c'est une souffrance au quotidien comme l'explique Franck : "Toute sa vie scolaire et privée, c’est la solitude."

Franck a longtemps cherché l'origine des troubles de ses enfants, jusqu'à faire analyser l'air et l'eau de sa maison et puis, il y a deux ans, c'est par la presse qu'il fait le lien avec la Dépakine : "Ma fille avait enfin une réponse alors que depuis l’âge de 11 ans ça a été son grand questionnement : pourquoi je suis différente des autres ?"

L'avenir de leurs enfants est leur principal souci aujourd'hui

Comme toutes les familles concernées, c'est pour l'avenir que Franck s'inquiète. Le ministère de la Santé plancherait sur la mise en place d'un fond d'indemnisation des victimes de la Dépakine, car Franck n'en fait pas mystère, la prise en charge de ses enfants lui coûte cher : "Ça me coûte cher, 500 à 600 euros par mois de thérapie, de déplacements et du temps." Et puis le ministère de la Santé avait annoncé des avancées prochaines pour une prise en charge plus adaptée des enfants victimes, l'association des parents espère obtenir des réponses sur ce point.

C'est le cas également pour Daniéla (son prénom a été changé à sa demande). Elle vit dans une commune de la banlieue toulousaine et a commencé à prendre de la Dépakine à 19 ans. L'un de ses deux enfants accumule les problèmes de santé. Toute la famille attend beaucoup des annonces qui seront faites aujourd'hui,

Daniéla s'est confiée à Elaine Cordon

Le parquet de Paris a ouvert en octobre dernier une enquête préliminaire sur les conditions d'autorisation et de commercialisation de ce médicament et de ses dérivés.

L'alerte avait en effet été donnée dès 2014 par des familles. Elles accusent Sanofi, qui commercialise la Dépakine, et les autorités sanitaires de ne pas avoir informé les femmes enceintes du risque, pourtant connu depuis les années 1980, de risques de malformations (principalement sur le cœur, les reins, la colonne vertébrale). Ceux de troubles neuro-développementaux ont commencé à émerger à partir du milieu des années 1990. Pourtant les notices des médicaments ont très longtemps occulté le danger. Jusqu'en 2006 en fait. Mais il faudra encore dix ans et une forte médiatisation pour que les patientes se voient imposer la signature d'un protocole d'accord de soins les informant formellement des risques encourus. La prise de conscience s'est également faite très lentement dans le corps médical.

Franck a eu trois enfants nés sous Dépakine et jamais un médecin n'a évoqué les risques de malformation pourtant connus depuis les années 80.

La seule chose qui nous avait été signalée au début de la grossesse, c’est par notre médecin généraliste qui nous dit "Dépakine, problèmes de malformation du fœtus", mais on ne voit rien aux échographies et après on nous en parle plus… J’ai rencontré un jeune couple de Bretons et un neurologue qui leur dit "Mais ne vous inquiétez pas, il n’y a aucun problème avec la Dépakine."

Pourquoi un tel délai ? Dans un rapport publié en février, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) fustigeait "le manque de réactivité" de Sanofi et de l'agence du médicament ANSM.

► POUR EN SAVOIR PLUS | Écouter Le Téléphone Sonne Scandales sanitaires liés aux médicaments: à qui la faute ?

L’antiépileptique Dépakine aurait été prescrit à plus de 10000 femmes enceintes malgré ses dangers
L’antiépileptique Dépakine aurait été prescrit à plus de 10000 femmes enceintes malgré ses dangers © VisActu