A l’occasion des vingt ans de la chute du mur de Berlin, on nous a à peu près tout raconté des conséquences de la réunification de l’Allemagne. Mais personne n’a parlé des sangliers ! Pourtant, il y en a plein, des sangliers, à Berlin. D'après la mairie, ils seraient au moins 8.000 à se balader dans les jardins et les rues de la capitale allemande. Ce qui bien sûr n'est pas sans provoquer quelques problèmes : ils saccagent les pelouses, ils s'attaquent aux poubelles et puis, évidemment, ils ne respectent absolument pas les règles de la circulation ! Les "Wildschweine", c'est leur nom, traversent la chaussée n'importe où, il y a des accidents. Parfois même, ces coquins s'amusent à charger les passants. Du coup, des chasseurs de ville ont été mandatés pour abattre les hordes, mais ce n'est pas simple: ils sont malins, les sangliers, ils courent vite et savent se cacher. Mais alors donc pourquoi tant de sangliers dans Berlin ? D'abord une raison agricole: depuis quelques années, la région berlinoise s'est mise à la culture du maïs et ils adorent ça, le maïs, les sangliers. Mais il y a également une raison historique: en l'occurrence, la chute du mur ! Véridique. A l'est de Berlin, il y a de nombreuses forêts. Les sangliers étaient nombreux dans ces forêts, mais au moment de la chute du mur, eux également ont fait le choix de la liberté ! Ils ont quitté les forêts et se sont rués sur Berlin, pour profiter des joies de la vie citadine, Berlin étant tout de même la ville la verte d'Europe... Berlin, ville verte et ville pleine de chantiers : après la chute du mur, il y a eu de nombreux travaux ; on a refait des rues, on a construit des immeubles, ce qui a notamment fait sortir les vers… de terre. Les sangliers adorent les vers de terre, tout comme ils adorent le maïs. Berlin est donc devenue une ville à sanglier ! Sanglier, un mot qui vient en fait du caractère de l'animal. Un caractère très indépendant et foncièrement machiste : dans la famille des cochons sauvages, le mâle ne s'occupe pas des petits et moins encore des femelles. Excepté pour l'accouplement, il vit sa vie, en solitaire. D'où le nom latin de sanglier, "singularis porcus": le porc solitaire. Le Français du Moyen-Âge a raccourci l'expression: on a oublié "porcus" et conservé uniquement "singularis". Ensuite, le mot a vécu sa vie lui aussi. De nouveau on a raccourci, en enlevant des voyelles. "Singularis" est devenu "saingler", "seugler", "sangler", puis au XIVème siècle, le suffixe "ier" a été adopté. Sanglier, donc... Encore qu'on lui donne également d'autres noms en fonction de son âge. Quand il est tout jeune, on dit marcassin. A six mois, on dit bête rousse. A deux ans, c'est ragot. A quatre ans, quartenier. Et c'est passé cet âge que l'on retrouve le sens premier du terme... A partir de quatre ans, notre cochon est un adulte et l'on peut donc lui donner le nom de vieil ermite ou bien de solitaire. Mais parfois le sanglier n'est pas si solitaire que cela et même il sait jouer en équipe. Exemple avec le « sanglier des Ardennes », surnom donné au footballeur Roger Marche ! Avec l'équipe de Raymond Kopa, le 4 octobre 1953, il avait d'ailleurs battu l'équipe d'Irlande dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du Monde 54. On espère que les footballeurs français s'en souviendront demain soir. Le sanglier qui, dans les légendes celtes, est aussi le symbole de la combativité et de l'invincibilité. Combativité. Invincibilité. Décidemment, le caractère de l’animal est très intéressant. On peut même dire réconfortant. Depuis quelques mois, je sais qu’on a tous quelque chose en nous du sanglier ! Chronique (Le dernier mot) du 13/11/09 dans "Et pourtant elle tourne"

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