[scald=82537:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - L'idée de la candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly, d'instaurer un nouveau jour férié pour les juifs et les musulmans sème le trouble jusque dans son propre parti, sur fond de sondages en berne pour l'ancienne juge d'instruction.

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) se refuse à soutenir cette proposition qui n'est pas dans son programme, tout en soulignant que la candidate est libre de la présenter. Droite et gauche rejettent la proposition censée favoriser l'égalité entre citoyens de diverses origines et confessions.

Eva Joly a repris une idée émise en 2003 dans le rapport d'une commission sur la laïcité et proposant de faire de l'Aïd el Kébir, fête musulmane, et du Kippour, fête juive, des jours fériés dans les écoles avec un jour au choix des salariés de ces confessions dans les entreprises.

Elle souhaite ainsi mettre ces religions à égalité avec le christianisme, qui dispose de plusieurs jours fériés dans le calendrier. "L'égalité et la laïcité auront avancé dans notre pays", a-t-elle dit lors d'un meeting à Paris mercredi soir.

Le ministre UMP de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, s'est dit en désaccord avec cette idée en raison du fait que la France a selon lui des racines chrétiennes.

"La tolérance dans ce pays ne se construit pas sur la négation de ce qu'est notre histoire. On a une histoire qui est une histoire chrétienne, qui aboutit à un certain nombre de jours fériés dans notre calendrier", a-t-il dit sur RMC et BFM TV. "Ça n'empêche pas d'avoir le plus grand respect pour toutes les religions."

Michel Sapin, chargé du projet du candidat socialiste François Hollande, rejette l'idée au nom du principe de laïcité. "Il faudrait qu'Eva Joly s'en souvienne", a-t-il dit sur I-télé.

ET LES BOUDDHISTES ?

La France est depuis 1905 sous le régime de la séparation de l'Etat et des religions avec la règle stipulant que "la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte" mais plusieurs dates du calendrier chrétien sont des jours fériés.

Alors que les sondages la situent autour de 3%, cette déclaration d'Eva Joly embarrasse d'autant plus ses partisans qu'elle a été prononcée quelques heures après une réunion avec un comité "stratégique" où il avait été décidé de relancer la campagne sur les thèmes écologistes "plus lisibles".

L'ex-juge d'instruction, depuis sa victoire-surprise face à Nicolas Hulot l'été dernier dans la primaire de son parti, a multiplié les déclarations controversées, comme lorsqu'elle a proposé de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, ou plus récemment appelé le centriste François Bayrou et les candidats de gauche un accord de désistement.

Pascal Durand, porte-parole d'EELV, a précisé aux journalistes qu'à "titre personnel", il n'approuvait pas l'idée du nouveau jour férié , ajoutant que le parti restait neutre. "La candidate a toute légitimité à proposer des éléments destinés à nourrir sa campagne", a-t-il dit.

D'autres responsables ont fait part de leurs réserves plus directement, sous couvert d'anonymat. "C'est un peu brouillon, c'est le charme des écologistes", a dit l'un d'entre eux.

Un autre y voit le moyen de remplir un objectif du programme du parti : "Avec les bouddhistes, on arrivera aux 32 heures (de travail hebdomadaires)", une des propositions écologistes.

Eva Joly doit présenter jeudi en Normandie ses propositions économiques puis l'ensemble de son programme le 11 février à Roubaix, dans le Nord.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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