En l'espace d'une semaine, les policiers ont multiplié les descentes dans des pharmacies, parapharmacies et même des épiceries. Un commerçant d'origine chinoise à Belleville à Paris était toujours en garde à vue hier soir.

Les masques chirurgicaux ou FFP2 sont désormais réservés aux personnels soignants et à certaines professions
Les masques chirurgicaux ou FFP2 sont désormais réservés aux personnels soignants et à certaines professions © AFP / Alexandr Kryazhev / Sputnik

Ce jeudi soir, la préfecture de police de Paris a annoncé la saisie de plus de 2 000 masques dans une épicerie et une pharmacie de Sèvres, près de Paris. Les commerçants ont été sanctionnés pour ne pas avoir respecté le décret qui réquisitionne tous les masques en France et limite leur vente à certaines professions et aux malades.

Le matin même, les policiers parisiens avaient déjà fait fermer une parapharmacie dans le XVIe arrondissement de la capitale. Un policier qui sortait de chez lui avait été attiré par un curieux manège devant la boutique. "On y rentrait trois par trois". L’agent en civil a joué les clients et compris le manège. Officiellement, il n'y avait pas de masque… mais on pouvait en acheter à 10 euros pièce. Le policier a ensuite prévenu ses collègues du commissariat.

A Marseille, à deux pas d’un commissariat, la pharmacienne de Noailles faisait comme les vendeurs de cigarettes à la sauvette du quartier : elle vendait des masques de protection sous le manteau ; en l'occurrence, sous le comptoir. C'est le journal La Provence qui l'a révélé mercredi : l'officine abritait une double caisse et la pharmacienne, âgée de 50 ans, allait chercher des masques dans l'arrière-boutique. Ces masques ne faisaient pas partie du stock prévu au départ pour les personnels de santé, qui en manquent cruellement.

Trafic de masques de bonne et moins bonne qualité voire carrément périmés

Parmi les 400 verbalisations lors de la première nuit de confinement général, plusieurs concernent des vendeurs à la sauvette, interpellés avec des masques, dont certains de mauvaise qualité. Selon le préfet de police de Paris, Didier Lallement, des enquêtes se multiplient. Mais l'une de ces enquêtes, comme l'avait raconté le journal Le Parisien, avait commencé dès la semaine dernière après la découverte à Maisons-Alfort de 40 000 masques FFP2, de haute protection certes, mais périmés. Trois escrocs inexpérimentés se sont fait pincer après qu'une voisine les a aperçus en train de décharger leur marchandise mal dissimulée. 

Les enquêteurs ont d’abord cru qu'il s'agissait de masques volés dans les hôpitaux parisiens et marseillais, mais c'était en fait un stock de masques de 2012, datant de la dernière grande crise sanitaire, que les trois jeunes apprentis escrocs comptaient écouler après avoir effacé la date de péremption avec du solvant.

L'épicier bio de Belleville toujours en garde à vue

L'affaire qui intrique le plus les policiers de la sûreté parisienne, c'est bien l'affaire de l'épicier bio de Belleville. Lors d’une perquisition mercredi, des agents du commissariat du XIXe arrondissement de Paris ont découvert 15 490 masques de protection et 240 bouteilles de faux gel hydroalcoolique. Le commerçant d'origine chinoise a "chiqué", il a proféré des explications qui ne tenaient pas la route, selon les enquêteurs de la sûreté. Le parquet a ordonné son placement en garde à vue, laquelle se poursuivait jeudi soir. Ils cherchent à retrouver le ou les entrepôts d'un ou plusieurs grossistes. Plusieurs perquisitions ont déjà eu lieu. Quand les masques retrouvés et saisis ne sont ni périmés ni de mauvaise qualité, ils sont aussitôt donnés aux personnels soignants.    

Des vols dans les hôpitaux et même dans les ambulances pour alimenter les marchés parallèles ?

Si certains services d'enquête de la sûreté et de la police judiciaire sont parfois au ralenti pour cause de confinement, de quatorzaine ou de garde d'enfants, ce n'est pas le cas de ces services qui traquent les voleurs qui ont multiplié les braquages en milieu hospitalier depuis le début de la crise sanitaire. A Marseille, Montpellier, Paris, entre autres villes, les vols n'ont pas tous débouché sur des plaintes, regrette un haut responsable de la police nationale. Les auteurs de ces forfaits vont alimenter les marchés parallèles pour les particuliers.

L'envie de se faire un peu d'argent facile – conjuguée à la peur de la contagion, chez les potentiels clients voire chez les voleurs eux-mêmes - est allée jusqu’à pousser un jeune homme de 19 ans à s'engouffrer dans une ambulance à Toulouse alors que deux ambulanciers s'occupaient de transborder un patient. Repéré, il a pris la fuite avant d'être arrêté par une brigade anti-criminalité. Il avait sur lui 3 masques et 10 paires de gants. Et un peu de cannabis.    

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