A 85 ans, on est un vieux monsieur.

Pas un très vieux monsieur mais un vieux tout de même. A cet âge, certains pensent aux chrysanthèmes, Au jour où ils devront s'envoler vers les cieux. D'autres restent scotchés à la télévision. Devant Stephan Derrick, Les Chiffres et les Lettres, Ou bien Julien Lepers avec son chronomètre, Ils pioncent avachis, sans même une infusion. D'autres encore cherchent à se divertir. Ils partent en croisière, ils descendent le Nil, Et pour tenter d'éviter de finir séniles. Ils font des mots-croisés jusques à s'abrutir. Mais vous, c'est différent, très cher monsieur Dassault. Vous êtes bien fringant, vous avez des envies, De très nombreux projets encore inassouvis Dont vous rêvez peut-être depuis le berceau. Après, donc, les canons, après les ventes d'armes. Après votre Rafale dont ne veut personne. Après les gros avions, après Corbeil-Essonnes. Et après le Sénat, non dépourvu de charme. Vous faîtes maintenant carrière dans la presse. Vous avez mis la main, tel un guérillero. Sur un joli canard prénommé Figaro. C'était en 2004 et depuis, quelle ivresse. Vous adorez cela, les journaux d'opinion. Enfin quand l'opinion est située bien à droite. Car la gauche, pour vous, c'est la pensée étroite. Vous méprisez ses chefs et moquez ses fanions. « Je veux qu'on ne diffuse que des idées saines. » Avez-vous expliqué à Etienne Mougeotte. Qui, zélé, n'a jamais joué de fausses notes. Il n'écrit que du bien à longueur de semaine. Sur le chef de l'Etat. Et sur chacun des siens. Mais ce joli canard, ça ne vous suffit pas. Ce n'était qu'une entrée, et pour votre repas, On dit que vous voulez manger « Le Parisien ». Un journal important pour notre président. Plus encore' que Le Monde, estimait-il en juin. Voilà pourquoi certains dont l'esprit est taquin. Affirment que c'est lui, pour eux c'est évident. Qui vous a suggéré cet achat médiatique. Faut dire que 500.000 exemplaires par jour. 300.000 à Paris et le reste alentour. Ça titille les sens de tous les politiques. Pour partir en campagne c'est toujours un plus De pouvoir compter sur le soutien d'un journal. Surtout s'il s'agit d'un grand titre hexagonal. En terme électoral, y'a pas meilleure astuce. Déjà, pour l'apéro, vous vous êtes offert. La gazette du Républicain de l'Essonne. Publication très sage et jamais polissonne. L'info est surveillée, tendance somnifère. Par vous et vos amis, votre petite bande. Celle qui distribue parfois quelques billets. Aux électeurs pour qu'ils vous trouvent gentillet. Depuis toujours vous êtes maître en propagande. Pourtant, en 2008, à Corbeil, patatras ! Quand le Conseil d'Etat vous a invalidé. Malgré l'énergie de vos nombreux affidés. La tricherie n'est plus, non, le nec-plus-ultra. Soupçon de tricherie. Soupçon d'achat de voix. Soupçon de fraude aussi, pour votre successeur. De nouveau, le Conseil a joué les censeurs. On devra revoter. C'est ainsi, c'est la loi. Mais vous ne serez pas de nouveau candidat. Quant à votre envie d’acheter le Parisien, Plein de gens, à ce jour, n'en pensent pas du bien. Sur ce point, ils vous trouvent quelque peu fada. A commencer, bien sûr, par tous les syndicats. Qui s'inquiètent et font des récriminations. Mais eux, vous les avez en abomination. Vous aimeriez les voir réduits en tapioca. On connaît vos idées, pas vraiment progressistes. Pour vous, les chômeurs ne sont que des fainéants. Et la grève, le droit de grève (c'est géant !) On devrait l'abolir. Mais oui, mort aux grévistes ! Mort à l'indépendance. Journalistes au pas. C'est ça que vous souhaitez. Tous avec le pouvoir. Qui vient de commander, on se pince' pour le croire Onze Rafales tout neufs. C'est drôlement sympa. D'autant que vos moyens sont déjà importants. Une fortune de quatre milliards d'euros. Ce qui fait tout de même un paquet de zéros. Avec ça, franchement, moi je serais content. Tant qu'on y est, monsieur, regardez notre carte. Je vous invite à faire d'autres acquisitions. Pourquoi pas, tiens, Marianne ou bien Libération. Le Canard Enchaîné ou alors Médiapart ? Mais non, je n'ai dit là aucune insanité. C'est pour votre dessert, vous êtes si glouton. Attention, néanmoins, aux retours de bâton. Si jamais vous voulez manger l'Humanité. A 85 ans, certes vous semblez être En forme, mais faut faire’ gaffe à l’indigestion. Arrêtez les journaux, calmez vos ambitions. Et plutôt que les chiffres, regardez les êtres. Chronique ("La poésie du jeudi") du 30.09.2010 dans le "5/7 boulevard".

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