[scald=67369:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le parquet général a demandé jeudi une amende d'au moins 1,5 million d'euros contre deux entités de la Scientologie francilienne jugées en appel à Paris pour "escroquerie en bande organisée" dans une affaire sans précédent pour ce groupement américain.

Contre quatre dirigeants français, dont le principal responsable français, Alain Rosenberg, l'avocat général Hugues Woirhaye a par ailleurs requis des peines de prison avec sursis allant jusqu'à deux ans assorties d'amendes allant jusqu'à 30.000 euros. Une simple amende de 4.000 euros est demandée contre un cinquième prévenu.

La cour a mis son arrêt en délibéré au 2 février.

La Scientologie, parlant de "tribunal d'inquisition", proteste. "Un tel réquisitoire digne d'une parodie de justice ne relèvera pas l'honneur de notre pays au regard des pays démocratiques respectueux de la liberté de religion", dit-elle dans un communiqué.

Ces demandes de l'accusation sont supérieures, en ce qui concerne les personnes morales, à l'amende de 600.000 euros prononcée en première instance.

Le procès en appel s'est terminé sans plaidoiries de défense, puisque la Scientologie a annoncé la semaine dernière son retrait et celui de ses avocats en estimant que la procédure était biaisée et ne respectait pas ses droits.

Le premier jugement, qui déclarait pour la première fois que les activités scientologues sont en elles-mêmes une entreprise d'escroquerie, est le plus sévère jamais prononcé en France contre ce groupement américain.

Créé en 1954 par l'écrivain de science-fiction Ron Hubbard, il revendique actuellement 12 millions d'adeptes dans 150 pays, dont 45.000 en France.

Même si les sanctions financières sont dérisoires pour ce groupement très riche, la confirmation définitive d'une culpabilité pour escroquerie constituerait un précédent susceptible de freiner son expansion.

Dans le premier jugement, le tribunal a classé clairement comme méthodes d'escroquerie les tests de recrutement, cures de "purification" avec saunas ou cures de vitamines, joggings intensifs et utilisation de "l'électromètre", appareil emblématique de l'organisation présenté comme "liturgique".

Elément non contesté, ces pratiques sont lourdement facturées, les plaignants du dossier français, des personnes vulnérables recrutées dans la rue et convaincues par un "test de personnalité", ont tous dû acquitter de lourdes sommes.

Le retrait de la Scientologie du procès en appel est officiellement motivé par le fait que la cour a accepté la représentation au procès de l'association anti-sectes UNADFI et refusé à ce titre un débat sur certaines pièces.

L'organisation américaine a mené en vain une guérilla procédurale pour tenter de faire capoter l'audience en appel soulevant une quinzaine d'arguments dont une dizaine de questions prioritaires de constitutionnalité ("QPC"). Tous ces arguments ont été rejetés.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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