[scald=42275:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le plus haut dirigeant de la police française a admis vendredi avoir ordonné l'espionnage d'un journaliste qui avait publié des articles sur une affaire sensible pour le pouvoir.

Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, est cependant resté évasif lorsqu'on lui demandait sur France info qui avait ordonné cette procédure, qu'il voit comme légitime. Prié de dire s'il démissionnerait en cas de mise en examen, il a répondu : "on verra".

L'affaire est venue d'une enquête menée par un juge ayant mis au jour une réquisition écrite en juillet 2010 de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, contre-espionnage) contraignant l'opérateur Orange à fournir la liste des appels téléphoniques et la géolocalisation du portage de Gérard Davet, reporter au Monde.

Prié de dire s'il en était à l'origine, Frédéric Péchenard a répondu : "oui. J'ai demandé à la DCRI d'identifier le haut fonctionnaire qui, soumis au secret professionnel et ayant un accès direct a des documents sensibles, avait divulgué des informations confidentielles dans une affaire judiciaire en cours".

"Je trouve cela grave. C'est un infraction pénale", a-t-il ajouté. Lorsqu'on lui demandait s'il avait agi de sa propre initiative, il a dit : "Comme vous le savez, il y a une instruction judiciaire en cours, je me dois de réserver mes déclarations à la justice".

Le policier a précisé qu'il n'était pas encore convoqué par la justice.

Ami d'enfance de Nicolas Sarkozy, qui l'a nommé à son poste, Frédéric Péchenard risque désormais, de même que Bernard Squarcini, patron de la DCRI, une mise en examen.

Les faits sont susceptibles de constituer une violation du secret des correspondances et de la vie privée et une violation du secret des sources journalistiques, un principe que le gouvernement actuel a inscrit dans la loi.

Gérard Davet a été mis sous enquête juste après avoir publié en juillet 2010 un article relatif à une déposition dans l'enquête judiciaire sur l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, qui mettait en difficultés le ministre du Travail d'alors, Eric Woerth.

Identifié grâce à l'espionnage du téléphone du journaliste, la source supposée de Gérard Davet, un magistrat en poste au ministère de la Justice, David Sénat, a été limogé et chargé d'une mission sur la justice en Guyane.

Thierry Lévêque, édité par Marine Pennetier

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