Les élus de cette ville des Pyrénées-Orientales ne parviennent pas à s'entendre sur l'utilisation du budget - pourtant excédentaire- de la ville. La chambre régionale des comptes enjoint la commune à ne plus faire payer d'impôts locaux.

Le Perthus, la ville qui ne savait que faire de son argent
Le Perthus, la ville qui ne savait que faire de son argent © Radio France / Stéphane Iglésis

Elle attirait les Français pour son alcool et son tabac moins chers. La ville du Perthus, à cheval sur la frontière franco-espagnole, pourrait offrir désormais un atout supplémentaire : une exonération d’impôts locaux pour ses quelques 600 habitants. C’est en tout cas ce que préconise la chambre des comptes de la région Occitanie. Ses magistrats ont voté le 6 juillet dernier un avis budgétaire exhortant la commune à “porter à 0 euro les produits de la taxe d'habitation, de la taxe foncière et de la taxe foncière sur les propriétés non bâties”.

Un excédent budgétaire de 1,1 millions d'euros...

Plus d’impôts locaux, comment est-ce possible ? En fait la ville gagne plus qu’elle ne dépense. Le Perthus qui, on l’a dit, attire beaucoup de monde de par sa proximité avec l’Espagne et précisément la ville de El Limits, engrange de l’argent grâce à ses parkings et horodateurs. Les clients français des commerces ibères préfèrent en effet traverser la frontière à pied. Stéphane Buretard est ancien premier adjoint et il confirme les réserves financières : "L'excédent fait suite à un blocage, mais nous ne sommes pas une commune riche explique-t-il Les recettes viennent des parkings. C'est un montant d'à peu près 800 000 euros par an." Aussi en 2017, les réserves financières de la ville ont atteint un excédent de 1,1 millions d'Euros

.... et des élus divisés

Mais si la Chambre des comptes appelle la mairie à supprimer les impôts locaux, c’est surtout parce que cet excédent n’a pas été utilisé. Et les magistrats ne manquent pas de rappeler, dans leur avis, que le conseil municipal du Perthus n’est toujours pas parvenu à s'accorder sur la programmation des dépenses. La crise remonte à 2015 avec la démission du précédent maire. 

Stéphane Galland est le porte-parole de la maire du Perthus, Marie Hélène Ruart Lucquin : "Il y a quatre ans, la Chambre régionale des comptes avertissait de la possibilité de banqueroute de la commune qui avait une dette fiscale de plus de 1,3 million d'euros et sur le moyen terme elle perdait de l'argent chaque année parce qu'il faut savoir que les parkings rapportent de moins en moins."

Mais depuis, le conseil municipal n’arrive toujours pas à se mettre d’accord sur un programme d’investissement. Le maire a même du interrompre la dernière séance de l’assemblée, le 14 avril dernier.

Quant aux habitants du Perthus, beaucoup ne croient plus au Père Noël. Bernard résume l'état d'esprit général : "Quand la Chambre régionale suggère de ne plus faire payer les impôts, c'est un peu sous forme de boutade, explique-t-il. Mais Mercedes, une commerçante du Perthus, n'oublie pas "le million" : "Il est normal qu'on ne paye pas d'impôts dit-elle. Et qu'on nous rembourse ce qu'on a payé pour rien."

Le préfet prendra sa décision avant le 31 juillet. Rien ne l’oblige à suivre l’avis de la Chambre régionale des comptes.

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