C'est la première étude de grande envergure sur Omicron. Menée en Afrique du Sud, pays émergent de ce variant, elle révèle que la vaccination protège beaucoup moins bien contre les infections au Covid-19, mais plutôt bien contre les hospitalisations. Des infectiologues appellent à la prudence face à ces données.

Dans un centre de vaccination mobile, le 19 juin 2021, à Grenade en Haute-Garonne
Dans un centre de vaccination mobile, le 19 juin 2021, à Grenade en Haute-Garonne © AFP / Frederic Scheibe

Ce n’est qu’une étude préliminaire, ses résultats sont donc à prendre avec des pincettes. Pendant près d’un mois, entre le 15 novembre et le 7 décembre, le plus grand organisme privé d’assurance maladie d’Afrique du Sud, Discovery Health, a analysé les résultats de 210 000 tests PCR. 78 000 cas se sont révélés positifs au variant Omicron. 

L’une de ses conclusions fait grand bruit depuis la publication mardi des résultats : la vaccination avec deux doses de vaccin Pfizer/BioNTech n’offre qu’une protection de 33% contre l’infection par le variant Omicron. En revanche, il protège à 70% contre les hospitalisations. Quelle importance faut-il donner à ce chiffre qui marque les esprits ? Voici ce que disent les études et les experts sur la question.

Que dit l'étude sud-africaine ?

L’Afrique du Sud a été le premier pays touché par le variant Omicron. L’étude se base donc sur seulement trois semaines de données. "Le résultat montre que les individus vaccinés qui ont reçu deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech avaient une protection de 33 % contre l'infection, par rapport aux non vaccinés" peut-on lire dans la synthèse de huit pages. 

Quelle différence avec le variant Delta ?

C’est une baisse significative, alors que la protection offerte par le vaccin est de 80% quand il s’agit du variant Delta.

Mais les chercheurs préfèrent être optimistes et mettent en avant ce chiffre considéré comme "encourageant" : le vaccin protège à 70% contre une hospitalisation. L’immunité conférée par le vaccin contre le Delta était de 93%. "Le vaccin Pfizer-BioNTech offre une bonne protection contre les maladies graves et l’hospitalisation" précise la professeure Glenda Gray, présidente du South African Medical Research Council (SAMRC).

L’étude montre que le vaccin protège les personnes âgées contre les hospitalisations, à hauteur de 67% pour la tranche 60-69 ans, et 60% pour les 70 à 79 ans. Ryan Noach, le PDG de Discovery, ajoute que les patients infectés par Omicron présentaient des symptômes beaucoup plus légers que les autres variants du Covid.

Quelles sont les limites de l'étude ?

La plupart des infections à Omicron en Afrique du Sud ont touché des personnes âgées de 35 à 39 ans, selon l'Institut national des maladies transmissibles, alors que seulement 26% de la population totale du pays est vaccinée.

Le New York Times précise par ailleurs que l’âge moyen des participants à l’étude était de 34 ans. "Les jeunes ont généralement tendance à présenter des symptômes légers. Cela peut également rendre les infections à Omicron plus bénignes qu'elles ne le sont en réalité" écrit le quotidien. Glenda Gray reconnaît que cette étude ne permettrait pas de comprendre la façon dont le variant Omicron se propagerait dans les pays avec un taux de vaccination bien plus faible.

Qu'en disent les experts ?

"Ce sont des données très préliminaires qu’il faut prendre avec prudence" rappelle à France Inter la professeure Odile Launay, infectiologue et membre du comité vaccin Covid-19. "Mais elles sont importantes." Odile Launay précise également que "les premières données disponibles montrent que la troisième dose devrait permettre de regagner en efficacité. Pas au même niveau que ce que l’on avait avec le variant Delta, mais à un niveau qui va être plus élevé." 

Que dit l'autre étude, britannique, sur Omicron ?

En effet, une autre étude fait écho à celle menée en Afrique du Sud. Une première publication diffusée par l’Agence britannique de sécurité sanitaire la semaine dernière montre l’importance de la troisième dose de vaccin contre le variant Omicron. "Quelques mois après le deuxième vaccin, le risque d'attraper la variant Omicron est plus élevé que celui de la souche Delta" explique le Dr Mary Ramsay, responsable de la vaccination à l'UKHSA. Mais l’échantillon de cette étude est trop faible pour en tirer de vraies conclusions pour comprendre les effets d’Omicron sur des patients vaccinés. Seulement 581 personnes ayant contracté le variant Omicron ont été identifiés au moment de l’étude, contre 56 439 cas positifs au Delta.

L’étude reste intéressante sur un autre point : l’impact de la troisième dose. Une injection de rappel de vaccin empêche à entre 70% et 75% des personnes de présenter des symptômes du Covid-19. "Les données suggèrent que le risque est considérablement réduit après un vaccin de rappel" précise l’Agence de sécurité sanitaire. En Grande-Bretagne, Omicron pourrait représenter plus de 50 % de toutes les infections par le Covid-19 dans les prochains jours.