Il avait fait partie, avec BHL, de ce qu'on appellera "les nouveaux philosophes"
Il avait fait partie, avec BHL, de ce qu'on appellera "les nouveaux philosophes" © MaxPPP

Âgé de 78 ans, André Glucksmann était l'un des "nouveaux philosophes" ayant émergé dans le sillage de Jean-Paul Sartre et Raymond Aron à la fin du vingtième siècle. Son parcours l'avait mené du maoïsme à un atlantisme modéré. Son fils a annoncé sa mort ce mardi matin.

France Inter bouleverse ses programmes et rend hommage au philosophe tout au long de la journée :

• 13h-14h - Edition spéciale

=> 13h-13h30 - Journal de 13h de Claire Servajean : Les intellectuels dans la cité

=> 13h30-14h - La marche de l’histoire de Jean Lebrun : avec Galia Ackerman, André Sénik et Paul Thibaud

18h15-19h - Un jour dans le monde de Nicolas Demorand : le combat d’André Glucksmann pour les «boat people»

21h-22h - Le nouveau rendez-vous de Laurent Goumarre : Témoignages de ses amis et compagnons d’idées

Le philosophe André Glucksmann est mort lundi soir à l'âge de 78 ans, a annoncé mardi son fils Raphaël Glucksmann sur son compte Facebook. "Mon premier et meilleur ami n'est plus. J'ai eu la chance incroyable de connaître, rire, débattre, voyager, jouer, tout faire et ne rien faire du tout avec un homme aussi bon et aussi génial. Voilà, mon père est mort hier soir", écrit le réalisateur en hommage à son père.

> Réécoutez :

André Glucksmann était l'un des "nouveaux philosophes" ayant émergé dans le sillage de Sartre et Aron à la fin du XXe siècle. Philosophe antitotalitaire après avoir été proche des "maos" français, il avait rompu spectaculairement avec le marxisme en 1975 en publiant "La cuisinière et le mangeur d'homme". Il a fait partie, avec Bernard-Henri Lévy, de ce qu'on appellera "les nouveaux philosophes". A la fin des années 1970, il réussit notamment à réunir l'intellectuel de gauche Jean-Paul Sartre et l'intellectuel libéral Raymond Aron pour faire cause commune en faveur des "boat people" quittant le Vietnam communiste.

Si nous sommes incapables, tous les pays riches, de prendre 380.000 personnes, je ne crois pas que nous en aurions pris 6 millions en d’autres pays. Je crois donc que nous continuons l’assassinat, non pas de 380.000 personnes, mais de 6 millions de Juifs qui sont déjà morts

Particulièrement touché par le sort des boat-people, il réunit en outre diverses personnalité autour de lui et Bernard Kouchner pour lancer l’opération "Un bateau pour le Vietnam". A l’époque, il déclare : " Nous avons pris au sérieux un certain nombre d’autorités morales qui sont allés s’incliner ces derniers temps, ces dernières années devant Auschwitz où 6 millions de Juifs sont morts. Si nous sommes incapables, tous les pays riches, de prendre 380.000 personnes, je ne crois pas que nous en aurions pris 6 millions en d’autres pays. Je crois donc que nous continuons l’assassinat, non pas de 380.000 personnes, mais de 6 millions de Juifs qui sont déjà morts"

> André Glucksmann à propos des boat-people en 1979 :

Il prendra toujours fait et cause contre toutes les formes de totalitarisme. Il a soutenu notamment l'intervention contre la Serbie au moment de la guerre du Kosovo en 1999.

Homme de gauche, il soutient Sarkozy en 2007

Se revendiquant toujours de gauche, il n'hésite cependant pas à soutenir Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007. Une "transgression" sur laquelle il s'était expliqué sur France Info. "La transgression c'est l'idée qu'il faut, quand on est un intellectuel respectable, être un intellectuel de gauche et considérer que sa famille spirituelle, la gauche, est en quelque sorte infaillible, qu'elle ne s'est jamais trompée. C'est du baratin" .

> "Considérer que sa famille spirituelle, la gauche, est en quelque sorte infaillible, qu'elle ne s'est jamais trompée. C'est du baratin" :

Dans "Une rage d'enfant" (Plon, 2006), il racontait avoir toujours été indigné par "les misères du monde".

Souvent je devais laisser ma chambre. Souvent c’était le monde qui débarquait à la maison et qui parlait de liberté, de droits de l’Homme. C’était une France qui était belle, la France dans sa vocation de terre d’accueil.

Joint par France inter, son fils, Raphael Glucksmann, a salué la mémoire de son « premier ami » : "Mon père, c’était mon premier ami. J’ai eu la chance incroyable de rire, m’engueuler, débattre avec un homme incroyablement bon, qui a consacré sa vie aux autres. Il aurait dû mourir puisqu’il était juif, ne parlant pas français. Il avait été mis dans les trains, sa mère a pu le sortir. Il me disait toujours que le reste c’était du rab, qu’il voulait en faire profiter les autres. Quand j’étais petit, il y avait toujours à la maison des réfugiés fascistes des Républiques latines, et des dictatures de l’Europe de l’est. Souvent je devais laisser ma chambre. Souvent c’était le monde qui débarquait à la maison et qui parlait de liberté, de droits de l’Homme. C’était une France qui était belle, la France dans sa vocation de terre d’accueil. A 10 ans, sa mère lui a proposé de retourner en Autriche car son père était mort, il a dit qu’il voulait vivre dans le pays de la Révolution."

Un "pacifiste belligérant"

Pascal Bruckner, a rendu hommage à son compagnon de combat : " André Glucksmann c’est surtout celui qui a porté le coup de boutoir au communiste en France, c’est le premier qui a reçu l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, c’était un coup fatal pour le communiste. Il a ensuite été le fondateur de ce qu’on appelle les nouveaux philosophes, avec notamment Alain Finkielkraut et moi-même. André était un pacifiste belligérant, il brûlait d’influencer les politiques pour aider les populations là où elles étaient en souffrance."

> Pascal Brukner, Jack Lang, Eric Ciotti ont témoigné dans le 7/9 de Patrick Cohen immédiatement après l'annonce de la mort du philosophe :

Une "voix" s'est éteinte

Jack Lang, lui, a tenu à faire part de son "admiration" : "J’ai admiré la ténacité avec laquelle il a mené un combat, notamment avec Raphael, pour les massacres en Tchétchénie. Sa voix était plus forte que celle de beaucoup d’autres. Il y avait une sorte de vibration en lui. Il n’était pas là pour le spectacle. Par son histoire, il était porté à s’opposer à toutes les formes de dictature et d’oppression. Récemment il dit son sentiment sur les Roms, la façon dont la société les traite. Ce qu’il a dit en son temps sur les boat people, vaudrait sur les migrants aujourd’hui. Je l’aimais pour sa rigueur, sa force, sa vigueur, qui n’avait rien à voir avec les postures médiatiques qu’on peut observer aujourd’hui dans ces domaines."

"C’est une grande voix qui s’éteint, a témoigné Eric Ciotti. Un parcours exceptionnel, un combat pour les droits de l’Homme. La France a besoin de grandes voix qui s’expriment, avec des erreurs, son parcours en comprend. Il a évolué dans son parcours : il a été maoïste."

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