[scald=46039:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Les réquisitions du parquet de Paris demandant mardi la relaxe de Jacques Chirac et de ses neuf co-prévenus dans un procès de détournement de fonds publics présumés remontant à 1992-1995 ont été critiquées mercredi par un syndicat de magistrats.

Le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) y voit une preuve de l'absurdité du statut des procureurs, nommés par le pouvoir exécutif directement et soumis à ses ordres.

Dans ce procès historique, le premier d'un ancien chef d'Etat républicain, les deux substituts du procureur Michel Maes et Chantal de Leiris ont délivré une véritable plaidoirie de défense, combattant les imputations retenues au titre de 28 emplois présumés fictifs de "chargés de mission".

"La gestion de ce dossier par le parquet révèle d'abord l'immense faiblesse de son statut. Tel qu'il est aujourd'hui conçu, le ministère public est tout entier dans la main du pouvoir exécutif, et ce vice originel se manifeste avant tout dans les affaires dites sensibles", écrit le SM.

"La réforme de ce statut est devenue un enjeu démocratique de premier ordre (...) Cette gestion calamiteuse (du dossier Chirac) traduit aussi la perte coupable de tout repère éthique de la part d'une certaine hiérarchie", ajoute-t-il.

A gauche, le candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg a estimé que ces réquisitions mettaient au jour "une République corrompue où la justice est aux ordres d'intérêts particuliers".

"Le procureur est le porte-parole du gouvernement, il est donc chargé de protéger les amis du pouvoir et d'accabler les ennemis", a-t-il dit à des médias locaux lors d'un déplacement à Reims mardi.

Le poste de procureur de Paris est actuellement vacant, puisque son titulaire entre 2004 et vendredi dernier, Jean-Claude Marin, a été installé procureur général de la Cour de cassation.

C'est lui qui, en 2009, avait le premier formalisé le point de vue en fin d'instruction selon lequel Jacques Chirac n'avait commis aucun délit. Jean-Claude Marin a été entre 2002 et 2004, quand Jacques Chirac était à l'Elysée, "directeur des affaires criminelles et des grâces" au ministère de la Justice, un des postes les plus élevés de la place Vendôme.

Jean-Claude Marin a assuré que les deux magistrats ayant exprimé son point de vue à l'audience de mardi l'avaient fait en toute liberté.

"Je connais les magistrats qui ont pris la parole, je puis vous assurer qu'ils ont appliqué cette règle de la liberté de parole", a-t-il dit mercredi sur Europe 1.

Le procès doit se terminer vendredi avec les plaidoiries des avocats de Jacques Chirac et le jugement sera alors mis en délibéré. Le tribunal n'est pas tenu par les réquisitions du parquet.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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