Habituellement, c'est vers l'âge de trois ans que ça commence... Et ça peut aller jusqu'à six... On appelle ça « l'âge des pourquoi ». Pour les parents, parfois c'est fatigant.

« Pourquoi le ciel est bleu ? - Eh bien... Parce que jaune, ce serait moins joli. - Et pourquoi moi aussi j'ai les bleus ? - Eh bien parce que tu as les yeux de la couleur du ciel... Et que jaune, ce serait moins joli... - Mais pourquoi toi t'as pas les yeux bleus ? Et pourquoi maman non plus ? - Tiens oui, ça c'est bizarre... Va chercher ta mère ! - Et pourquoi les cheveux ça pousse ? - Ta gueule ! » Non. On ne dit pas « ta gueule » aux enfants. On a envie, mais on ne peut pas. Donc on répond « parce que ». Ce qui signifie la même chose... Mais il y en a d'autres qui placent des « pourquoi » partout. Ce sont les hommes et les femmes politiques. Et l'étonnant avec eux, c'est qu'ils font à la fois les « pourquoi » et les « parce que »... Ecoutez n'importe quel ministre ou responsable de parti, même ceux qui ont les yeux jaunes. « Alors pourquoi j'ai pris cette décision ? Parce qu'à mon avis c'était une nécessité. Pourquoi une nécessité ? Parce qu'on ne pouvait pas faire autrement. Pourquoi ne pouvait-on pas faire autrement ? Parce que si on avait fait autrement, ça n'aurait pas été la même chose. Pourquoi ça n'aurait pas été la même chose ? » Là aussi, très souvent, on a envie de leur dire « ta gueule »... Mais on ne peut pas. C'est comme avec les enfants. Sauf que là, on ne peut pas non plus leur dire « parce que », puisqu'ils les font déjà, les « parce que ». Ils font à la fois les « pourquoi » et les « parce que »... Pourquoi ? D'abord, parce que ça leur permet d'empêcher les autres de les interrompre. Pourquoi ? Parce qu'en en posant eux-mêmes les questions, ils monopolisent la parole. Ensuite, ça leur permet d'orienter la discussion dans le sens qu'ils veulent. Pourquoi ? Parce qu'en fait, ils ont peur des questions des autres. Donc ils se posent les questions auxquelles ils sont sûrs de savoir répondre. C'est simplement une façon particulière de dérouler son discours... Et puis ça leur donne un petit côté prof. Car sinon, ce sont les profs qui s'expriment de cette façon. Et les profs, ce sont ceux qui savent. « Alors pourquoi les Anglais ont-ils brûlé Jeanne ? Parce que.... » La différence, c'est que les profs, normalement, ils attendent vraiment que les élèves répondent. « Pourquoi ? » C'est agaçant n'est-ce pas... Pourquoi ? Parce que précisément c'est un tic et que les tics agacent. Les tics agacent. J'en ai fait l'expérience hier matin, en allant à la boulangerie. J'ai voulu tester le tic. Parfois je fais ça, le jeudi matin. Je teste les tics. Je suis testeur de tics et donc j'ai dit « Bonjour madame, je voudrais une baguette et deux pains au chocolat. Pourquoi ? Parce que c'est l'heure de mon petit-déjeuner et que j'ai faim. Pourquoi ? Parce que j'ai pas pu mangé hier soir. Pourquoi ? Parce que j'ai pas eu le temps de remplir mon frigo. Pourquoi ? » Là, elle m'a dit « ta gueule » et elle m'a balancé mes pains au chocolat à la figure. Cette façon de s'exprimer ne fonctionne pas tout le temps. C'est uniquement les politiques qui peuvent se permettre ça. Les politiques qui répondent donc à leur propres questions, mais qui répondent rarement à celles qui leur sont posées par les journalistes. Souvent quand ceux-ci leur demandent « pourquoi », ils ne disent pas « parce que » ni « ta gueule », mais ils disent « pourquoi pas ». Alors pourquoi ? Ben pourquoi pas.

Chronique (« Gimmick ») du 28.01.2011 dans « Comme on nous parle ».

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