[scald=72113:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Martine Aubry a annoncé jeudi la création d'une commission d'enquête sur le financement et le fonctionnement de la fédération du Pas-de-Calais du Parti socialiste après des soupçons de corruption visant plusieurs élus.

La première secrétaire du PS proposera en outre à la Convention nationale du 10 décembre le gel de la désignation du député-maire PS de Liévin, Jean-Pierre Kucheida, pour les élections législatives de 2012.

Martine Aubry réagit à une démarche du député PS Arnaud Montebourg qui, après avoir dénoncé le "système Guérini" à Marseille, est parti en guerre contre une possible corruption d'élus socialistes dans le Pas-de-Calais.

Le "troisième homme" de la primaire PS, avocat de formation,

a écrit fin novembre à Martine Aubry pour l'alerter.

Cette dernière a été également saisie par Catherine Génisson, première secrétaire fédérale, et Serge Janquin son prédécesseur, qui ont demandé une procédure de contrôle interne et déposé une plainte en diffamation.

"S'il revient à la justice et à elle seule de juger de la réalité de ces allégations, et j'espère qu'elle le fera dans les plus brefs délais, cette situation m'amène à prendre les deux décisions suivantes concernant le Parti socialiste", écrit Martine Aubry dans un communiqué.

La commission d'enquête, présidée par l'ancien ministre de la Défense Alain Richard, devra rendre ses conclusions au plus tard dans six mois.

Catherine Génisson a dit considérer le gel de la désignation de Jean-Pierre Kucheida comme "provisoire".

"Cela ne me soucie pas du tout, je suis persuadée que c'est une mesure temporaire et provisoire qui sera levée", a dit à Reuters la première secrétaire de la fédération PS du Pas-de-Calais. "Cette mesure durera le temps que Jean-Pierre Kucheida puisse se défendre".

Dans cette affaire, Arnaud Montebourg s'est notamment appuyé sur les propos de l'ancien maire d'Hénin-Beaumont Gérard Dalongeville, qui a expliqué en décembre 2010 à la juge qui l'a mis en examen pour détournement de fonds publics qu'il ne voulait pas tomber seul.

Selon lui, plusieurs entreprises de la région achèteraient des hommes politiques et la fédération du Pas-de-Calais en échange de l'attribution de chantiers publics, rapportent jeudi les magazines Le Point et Les Inrockuptibles.

CALOMNIE

Le parquet de Lille a ouvert au printemps une enquête préliminaire à la suite de courriers de Gérard Dalongeville.

L'ancien édile a mis en cause plusieurs grandes sociétés dont la Soginorpa, qui gère les anciens logements miniers, présidée par le député-maire PS de Liévin Jean-Pierre Kucheida. Ce dernier a été de nouveau investi pour les élections législatives de 2012.

Jean-Pierre Kucheida s'est dit victime d'une opération de déstabilisation en pleine campagne électorale.

"C'est de la calomnie pure et simple, je réfute les accusations qui sont portées contre moi. Je ne me suis jamais occupé ni de près ni de loin des affaires de la fédération socialiste du Pas-de-Calais", a-t-il dit sur France 3 mercredi.

"Je ne peux pas empêcher Monsieur Dalongeville de fantasmer. Mes frais sont de l'ordre de 500 euros par mois, ils sont tous justifiés. C'est vrai les dépenses évoquées ont été payées avec la carte bleue de la Soginorpa car je n'avais pas la mienne, mais tout a été remboursé", a-t-il ajouté.

Selon Le Point, un comptable avait alerté le directeur financier de la Soginorpa sur des dépenses non justifiées du député-maire de Liévin avec sa carte de crédit professionnelle.

Christophe Borgel, secrétaire national du PS chargé des élections, a insisté sur le fait qu'il n'y avait à ce stade "aucun élément judiciaire" et "pas de mise en examen", la seule nouveauté étant "l'utilisation politique" de l'affaire.

Il a affirmé à Reuters que le PS prendrait ses responsabilités si l'enquête devait confirmer des faits de corruption " simplement pour une remise en ordre, pour que la fédération fonctionne bien".

Jean-Noël Guérini, l'homme fort de la fédération des Bouches-du-Rhône, s'est mis en congé du PS après sa mise en examen pour "association de malfaiteurs, prise illégale d'intérêt, et trafic d'influence".

Il a refusé, en revanche, de démissionner de la présidence du conseil général des Bouches-du-Rhône.

Elizabeth Pineau et Gérard Bon, avec Pierre Savary à Lille, édité par Patrick Vignal

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