Franchement, moi, ce n'est pas une expression que j'emploie très souvent. Quand je me lève le matin, il est rare que je me dise : « Tiens, aujourd'hui, je vais revenir aux fondamentaux ! Oh non, je ferai ça demain ! Ou bien la semaine prochaine, cette semaine je n’ai pas le temps. Et toi, mon amour, tu veux revenir aux fondamentaux ? Ben je sais pas, mon chonchon, je n’y suis jamais allée ! » Bon. Normalement, ce n'est pas ça qu'il faut répondre : c'est « de quoi » ? Revenir aux fondamentaux « de quoi » ? Or ils précisent rarement, ceux qui utilisent la tournure. « Faut revenir aux fondamentaux », lançait Jean-Marc Ayrault lors des dernières journées parlementaires du PS. « Faut revenir aux fondamentaux », expliquait Jean-François Copé après la défaite de l'UMP aux régionales. Rachida Dati avait dit pareil et, depuis, elle n'arrête pas de répéter cette formule un tantinet pompeuse qu'elle doit considérer comme une formule magique : « faut revenir aux fondamentaux », « faut revenir aux fondamentaux » ! Sous-entendu : revenir aux fondamentaux... de la droite. Le PS souhaitant, lui, revenir aux fondamentaux... de la gauche. Ou alors, mieux encore : de la démocratie. Ségolène Royal l’a dit récemment : elle veut revenir aux fondamentaux... de la démocratie. « Dis, mon chonchon, tu veux revenir aux fondamentaux de la démocratie ? Ben pourquoi pas, c'est sympa comme idée ! » Ce sont donc avant tout les politiques qui emploient l'expression. Et, bien sûr, ils ne partagent pas tous les mêmes fondamentaux. Ayrault n'a pas les mêmes que Copé. Dati n'a pas les mêmes que Royal. « Tiens, fais-voir tes fondamentaux ! Ils sont pas mal, tu les as trouvés où ? Ils te vont super bien ! Les tiens sont très jolis aussi ! » Les fondamentaux, c'est le programme de base. Le B-A-BA. C'est la gamme, l'alphabet, le socle sur lequel tout le reste est construit. C'est comme les fondations d'une maison. C'est de la maçonnerie, du gros œuvre. Vouloir revenir aux fondations d'une maison, ça signifie qu'au-dessus tout se dégrade. Y'a le crépis qui se fissure, l'électricité qui déconne, les robinets qui fuient... « Tu dis que Jean-François Copé a le robinet qui fuit ? Mais non, je n’ai pas dit ça ! » Je dis que les politiques, quand ils affirment qu'ils veulent revenir à leurs fondamentaux, ils reconnaissent, en creux, la mauvaise santé de leurs partis. Ça signifie qu’ils ont égaré leurs idéologies. « Dis, mon chonchon, tu ne sais pas où j'ai posé mes idéologies ? Je crois qu'elles sont à côté du téléphone ! Ben non, je ne les trouve pas ! Et je trouve plus non plus mes lunettes ! Ben retrouve d'abord tes lunettes et puis après tu retrouveras tes idéologies ! » Et nous, revenons à nos moutons. Ça, c'est quelque chose que je dis. Je ne reviens jamais à mes fondamentaux, mais à mes moutons, très souvent. Faut dire qu'un fondamental, ça ne ressemble à rien. Alors qu'un mouton... Un fondamental, des fondamentaux… Un cheval, des chevaux… Un mouton… des écharpes ! Quoi de plus mignon qu'un mouton ? D'abord, c'est très doux, un mouton. C'est doux comme un agneau. Ensuite, c'est très obéissant. Au moins autant qu'un chien. Vous lancez des lunettes à un mouton, il vous les rapporte illico ! On peut même lui apprendre à faire de la maçonnerie. Ce n'est jamais du travail de cochon. Et puis ça fait moins de bruit qu'un chien. Un mouton. C'est plus simple en appartement. Un mouton, ça n'aboie pas. Ça bêle un peu, mais c'est beau quand ça bêle. Un mouton, c'est beau quand ça bêle. Alors je sais ce que vous pensez : quel est le rapport avec la choucroute ? Mais je n'ai jamais dit que j'allais vous parler de choucroute ! Chronique ("Gimmick") du 04/02/11 dans l'émission "Comme on nous parle"

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