Tout juste sortie de l'école, affectée depuis moins d'un mois à Trèbes, Margaux, jeune gendarme est intervenue à l'intérieur du magasin Super U, lors de l'attentat, il y a un an. Elle a évacué la dernière employée du magasin et témoigne pour la première fois.

Margaux, jeune gendarme, est intervenue sur l'attentat du Super U de Trèbes, le 23 mars 2018
Margaux, jeune gendarme, est intervenue sur l'attentat du Super U de Trèbes, le 23 mars 2018 © Radio France / Rémi Brancato

"Je suis sortie début février de l'école de Chateaulin et j'ai pris officiellement mon poste mi-février à la brigade de Trèbes" se souvient Margaux, 28 ans, jeune gendarme. Moins d'un mois après, la jeune femme vit une épreuve que certains de ses collègues ne connaîtront peut-être jamais : l'attentat qui a fait trois morts au Super U de la commune et un à Carcassonne. 

Originaire de Toulouse, la jeune femme ne connaissait pas bien la ville de Trèbes, dans laquelle elle se retrouve pour son premier poste. "Ce n'est pas une grande ville, je me suis dit que ce serait une brigade assez tranquille," se souvient-elle aujourd'hui, "je ne m'attendais pas à ce que ce genre d'événement se produise".

"On s'est regardé une fraction de seconde et on est parti"

Ce 23 mars, avec ses collègues, elle participe à une "instruction collective", un rappel sur l'utilisation des armes, quand l'alerte est donnée. "Le chargé d’accueil nous prévient que des coups de feux ont été tirés au Super U de Trèbes" se souvient Margaux, "on s’est regardé une fraction de seconde et tout le monde a pris ses affaires et est parti".

Elle se trouve alors dans la dernière voiture et retrouve des collègues en arrivant sur le parking du supermarché, situé de l'autre côté de la petite ville. "On ne réalise pas tout de suite" confie-t-elle aujourd'hui.
Les gendarmes situés près des issues de secours lui font part des témoignages des premiers clients et employés du magasin évacués. "C’est là qu’on prend conscience qu’il y a un terroriste, qui a abattu des gens", se souvient-elle, "on réalise que c’est une situation très particulière et grave". 

Une première reconnaissance  

Après avoir sécurisé les abords des lieux, la brigade de recherche de Carcassonne, venue en renfort, fait un appel aux volontaires pour pénétrer dans la réserve, située à l'arrière du magasin. Margaux accepte. "On ne savait pas s’il y avait des complices ou des assaillants" raconte la jeune gendarme, qui dit avoir été "très prudente" lors de cette reconnaissance. Alors qu'elle sécurise l'entrée, quelqu'un pénètre dans les lieux. "Une de mes camarades est arrivée. Sans savoir que c’était elle, j’ai fait les sommations, j’ai hurlé" raconte Margaux. Sa collègue est accompagnée d'une victime, que la jeune gendarme prend rapidement en charge et qui est évacuée. 

C'est alors qu'elle est confrontée à une autre épreuve : entrer dans le magasin pour poursuivre la reconnaissance, toujours accompagnée de sa collègue. "En avançant un peu, j’ai vu un corps, au milieu des lignes de caisses" décrit Margaux : "On ressent du stress de ne pas savoir ce qui se passe, mais il faut se focaliser sur la mission". C'est sa première scène de crime et c'est un attentat.

Margaux évacue la dernière employée "en état de choc"

Rapidement sa collègue s'approche d'elle dans un rayon. Elle est accompagnée d'une employée du Super U. Margaux doit l'évacuer. "Elle était en état de choc, c’était un moment éprouvant" dit-elle sobrement. Cette femme se confie brièvement. "Elle a du mal à quitter le magasin, je la force un peu à sortir".

Ce n'est que plus tard que Margaux comprendra : cette employée a été otage du terroriste et c'est elle que le colonel Arnaud Beltrame a choisi de remplacer pour lui sauver la vie. "En sortant, je crois avoir été en contact avec son mari par téléphone et la seule chose que je pouvais lui dire à ce moment-là, c’est que sa femme était en sécurité, mais qu’elle allait avoir besoin de lui" raconte aujourd'hui Margaux.

"Le risque, on le sait quand on s’engage, mais on en prend conscience quand on le vit"

Un an après, Margaux reste marquée par cette épreuve qu'elle ne s'attendait pas à vivre, encore moins aussi rapidement après sa sortie d'école. "Le risque on le sait quand on s’engage, quand on signe, mais c’est vrai qu’on en prend conscience quand on le vit" conclut-elle aujourd'hui. Peu de temps avant sa sortie d'école, la jeune femme avait suivi "un module sur la tuerie de masse". "Mais on n’est jamais vraiment préparé, on ne peut jamais anticiper les gestes et les émotions" explique Margaux.

Des témoignages de soutien des habitants

Pendant des semaines après l'attentat, Margaux vit hantée par ce souvenir. Avec sa collègue, elle participe à l'hommage national rendu au colonel Arnaud Beltrame. Régulièrement, les gendarmes de Trèbes ont reçu des témoignages de soutien qui font "chaud au cœur" : appels, courriers et fleurs, pour "remercier la gendarmerie mais aussi en hommage et en mémoire du colonel Beltrame". 

Son geste, Margaux le salue, comme un exemple : "le colonel Beltrame a fait un geste héroïque : il a donné sa vie pour sauver une personne. On aimerait tous avoir ce geste, mais on ne peut jamais savoir si on aurait tous fait la même chose".

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