Les cancers sont infiltrés de fibres nerveuses et c'est le cerveau qui les envoie ! C'est, pour faire simple, la découverte étonnante que vient de faire une équipe de l'Inserm-CEA, et qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles thérapies anti-cancer.

Le cerveau, un allié du cancer de la prostate
Le cerveau, un allié du cancer de la prostate © Getty / Yuichiro Chino

Une équipe française du CEA-Inserm vient de publier dans la revue scientifique Nature une étude qui devrait faire date. Elle démontre que, pour les cancers de la prostate au moins, le cerveau est un complice important dans le développement d'une tumeur cancéreuse et dans sa dissémination en métastases. Il produit en effet des cellules qui vont migrer et alimenter la tumeur. C'est une chose qu'on ignorait totalement jusqu'à présent et qui pourrait bien, à terme, bouleverser la thérapeutique.

D'autant que le cancer de la prostate est le plus fréquent chez l’homme : il représente 55 000 nouveaux cas chaque année en France.

Claire Magnon, chef de l'équipe Atip-Avenir Inserm à l'Institut de Radiobiologie Cellulaire et Moléculaire, dirigé par Paul-Henri Roméo (CEA-Fontenay-aux-Roses)
Claire Magnon, chef de l'équipe Atip-Avenir Inserm à l'Institut de Radiobiologie Cellulaire et Moléculaire, dirigé par Paul-Henri Roméo (CEA-Fontenay-aux-Roses) / CEA

En 2013, la principale chercheuse de l'étude, Claire Magnon, avait déjà établi pour des tumeurs de la prostate (et c'était déjà une première à l'époque) qu'elles étaient infiltrées de fibres nerveuses. Elle montrait ainsi que dans la tumeur se développait non seulement tout un environnement immunitaire et vasculaire mais aussi nerveux. Cette fois-ci, la scientifique va plus loin et démontre que c'est le cerveau qui envoie vers la tumeur des cellules nerveuses immatures. Ces cellules vont ensuite s'y développer en neurones et favoriser ainsi l'aggravation de la maladie et la prolifération de métastases.

Un dialogue existe entre le cerveau et la tumeur

Les cellules en question vont franchir la barrière qui protège le cerveau, ce qu'on appelle la barrière hémato-encéphalique, d'habitude très étanche. Elles vont se diriger ensuite vers la tumeur et ses métastases via la circulation sanguine. Il y a donc un dialogue, une communication entre le cerveau et la tumeur. Ce qu'a démontré Claire Magnon sur le modèle animal, c'est qu'en empêchant cette communication, la tumeur ne se développe plus : "Chez la souris, on s'est rendu compte que quand on détruisait ces cellules au niveau du cerveau, quand on empêche la migration de ces cellules et donc la présence de ces cellules dans la tumeur, on bloquait le développement de la tumeur".

Tuer ces cellules nerveuses immatures

Cette découverte a été mise en évidence pour le cancer de la prostate et ses métastases, ainsi que le cancer du sein, et tout porte à croire que c'est observable sur d'autres cancers. Elle ouvre la voie évidemment à de nouvelles pistes thérapeutiques,qui consisteront à aller tuer ces cellules nerveuses immatures, non pas dans le cerveau, mais dans la circulation sanguine, et donc à bloquer leur migration avant qu'elles n'atteignent la tumeur.

Des observations cliniques montrent déjà un phénomène étonnant en rapport avec cette découverte. On s'est rendu compte que des patients atteints de cancers de la prostate, et qui utilisent par ailleurs pour des problèmes cardiovasculaires des médicaments de la famille des bêta-bloquants, ont un meilleur taux de survie. Les bêta-bloquants sont connus en effet pour bloquer l'activité des neurones qui permettent à la tumeur de se développer.

Ce que ne savent pas encore les chercheurs, c'est pourquoi la barrière protectrice du cerveau, d'habitude si étanche, s'ouvre spécifiquement à un endroit précis pour laisser passer ces cellules nerveuses immatures, et les faire migrer vers la tumeur. Pourquoi cette soudaine perméabilité ? Précède-t-elle l'apparition du cancer sous l'effet d'autres facteurs, ou bien est-elle provoquée par le cancer lui-même ? Ces hypothèses restent à étudier.

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