Disparu depuis 1968, le sous-marin français la Minerve a été retrouvé au large de Toulon. De nombreux autres sous-marins ou navires ont coulé en mer au fil des siècles, et n’ont jamais été retrouvés.

Comme La Minerve, retrouvée le lundi 22 juillet, de nombreux autres bâtiments sont toujours au fond des océans, après avoir disparus sans laisser de traces.
Comme La Minerve, retrouvée le lundi 22 juillet, de nombreux autres bâtiments sont toujours au fond des océans, après avoir disparus sans laisser de traces. © AFP / STF / AFP

« C’est un soulagement », pour Hervé Faure, le fils du commandement de la Minerve. L'épave du sous-marin disparu le 27 janvier 1968 a été retrouvée ce lundi 22 juillet, par 2 370 mètres de fond, à 45 kilomètres au large de Toulon. Comme la Minerve, de nombreux autres sous-marins ou navires ont coulé en mer au fil des siècles, et n’ont pour l’instant jamais été retrouvés. L'historien Gérard Piouffre et Michel L’Hour, le Directeur du Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines racontent leurs histoires. 

Le Santa Rosa

Les circonstances du naufrage : Le 6 septembre 1726, ce galion portugais vient juste de quitter le Brésil. Il accompagne 55 caravelles qui ramènent l’or vers l’Europe. A son bord, 700 hommes, mais surtout une cargaison estimée à 500 millions de dollars, rappelle le Courrier International. Lors d’une dispute sur le bateau, les quatre tonnes de poudre du dépôt de munitions explosent. "On dit qu’un inconnu est descendu dans le dépôt, alors était-ce intentionnel ? On ne le sait pas", détaille l’historien et conférencier Gérard Piouffre. Le Santa Rosa coule, emportant avec lui l’équipage (trois survivants) et son trésor.

Ce qui pique notre intérêt : Depuis son naufrage, le Santa Rosa ne cesse de susciter les convoitises. La perspective de retrouver le trésor, des pièces d’or estimées à 20 000 dollars l’unité, a poussé depuis des siècles les explorateurs à chercher l’épave du Santa Rosa.

Les recherches : En 2005, des recherches ont été "menées à l’aide de satellites, de robots sous-marins et autres équipements sophistiqués, aux environs du cap de Santo Agostinho, à 35 kilomètres de Recife", selon le Courrier International. 

Le Renard

Les circonstances du naufrage : Ce petit navire de guerre de la marine nationale quitte le port d’Obock, principal port de la colonie de Djibouti, le 3 juin 1885. "Le commandant disait, 'ce temps-là ne me dit rien de bon', raconte Gérard Piouffre. "Dans la nuit, il se retrouve pris dans une très forte tempête, avec des lames déferlantes. Le Renard n’atteindra jamais Aden, au Yemen, sa destination finale."

Ce qui pique notre intérêt : L'intuition du capitaine du navire et la disparition des 130 membres d'équipages. 

Les recherches : Son épave pourrait se trouver aujourd’hui à 5 000 mètres de profondeur, à quelques heures de navigation de Djibouti.  

Le Surcouf

Le Surcouf, sous-marin français, a disparu le 18 février 1942 dans le golfe du Mexique.
Le Surcouf, sous-marin français, a disparu le 18 février 1942 dans le golfe du Mexique. © AFP / 1936 ©Lux-In-Fine/Leemage

Les circonstances du naufrage : ce bâtiment français, au nom du célèbre corsaire breton est, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le plus gros sous-marin au monde, avec 110 mètres de long. Il rejoint l’Angleterre et les Forces Françaises libres. "Lorsque le Japon entre en guerre, il reçoit l’ordre de rejoindre Sydney par Tahiti", raconte Gérard Piouffre. Il disparaît dans la nuit du 18 février 1942, à 75 miles du canal du Panama dans le golfe du Mexique, avec 130 marins à bord. Selon la version officielle, "il a été abordé par un cargo américain, le SS Thomson Lyke. Après cet abordage, il a coulé", raconte Gérard Piouffre. "Il n’y a aucun survivant".

Ce qui pique notre intérêt : La longueur du sous-marin, les 130 marins qui étaient à bord, et la possible implication d'un cargo américain dans son naufrage.

Les recherches : "Le Surcouf sera, je pense, un jour ou l’autre retrouvé, soit parce qu’on va le chercher, soit parce qu'on va le trouver de manière fortuite", estime Michel L’Hour, le Directeur du Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (DRASSM), qui dépend du ministère de la Culture. "Peut-être que ce jour-là, on essayera de comprendre les raisons de sa disparition, sortir du seul champ des hypothèses pour arriver à celui de la conviction." 

La Monique

Les circonstances du naufrage : c’est un naufrage qui reste ancré dans les mémoires, en Nouvelle-Calédonie. La Monique, ancien bâtiment de l’US Navy, effectue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale des rotations entre Maré et Nouméa. La nuit du 31 juillet au 1er août 1953, La Monique disparaît des écrans radar, entre les deux îles. Les 108 passagers et les 18 membres d’équipage ne seront jamais retrouvés. Le navire voyageait régulièrement surchargé. Lors de ce trajet, 126 personnes et 246 tonnes de marchandises sont à bord. "C’est probablement ce qui a causé sa perte", estime Gérard Piouffre. Cette nuit-là, le bateau ne lancera pas de SOS, il n’est pas équipé de radio. Impossible de savoir où La Monique va sombrer.

Ce qui pique notre intérêt : Le nombre de passagers et les 246 tonnes de marchandises. 

Les recherches : Seuls quelques fûts et une bouée du navire ont été repêchés après que le navire a sombré. "On l’a beaucoup cherché, mais on n'a retrouvé que des débris. Nous sommes sur des fonds qui atteignent les 1000 à 2000 mètres, il y a peu de chances de le retrouver", poursuit l’historien Gérard Piouffre. En 2010, une opération est montée, alors qu’un sonar repère une forme de 35 mètres de long. Faux espoir, il ne s’agit que d’un dôme de corail, rapportent Les Nouvelles Calédoniennes. Depuis 2018, un monument rend hommage aux disparus, sur le port de Tadine, à Maré, comme le raconte La 1ère. 

Le Ravenel

Les circonstances du naufrage : Le 21 janvier 1962, le Ravenel prend la mer, au départ du port de Saint-Pierre, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce chalutier part pour une semaine de pêche, mais les quinze marins ne rentreront pas à la date prévue, le 28 janvier 1962. Une disparition qui reste encore aujourd'hui totalement inexpliquée. 

Ce qui pique notre intérêt : "On est là dans la même situation que la Minerve", explique Michel L’Hour. "Il existe encore des populations qui se souviennent très clairement de la disparition, car ils sont les descendants de ceux qui étaient à bord. On est plus seulement dans l'approche de l'archéologue ou de l'historien, mais aussi celle d'une mémoire sensible."

Les recherches : Selon La 1ère, des vérifications sont réalisées ponctuellement, à l'initiative de particulier. Bernard Decré, le fondateur du Tour de France à la voile, en a notamment profité pour réaliser des recherches pour retrouver l'Oiseau Blanc, l'avion de Ningesser et Coli, pour chercher également le Ravenel, sans succès. En 2015, la nièce d'un des marins avait écrit à la Présidence de la République, pour demander que l'Etat prenne le relais. "Des familles attendent depuis 55 ans qu’on leur dise où a péri leur mari, leur père, leur frère. Je pense que demander un point GPS au bout de 55 ans, c’est légitime ! Ne serait-ce que pour se recueillir, simplement."

Manureva

Manureva et le skipper Alain Colas ont disparu le 16 novembre 1978, sur la première édition de la Route du Rhum.
Manureva et le skipper Alain Colas ont disparu le 16 novembre 1978, sur la première édition de la Route du Rhum. © AFP / AFP

Les circonstances du naufrage : ce 16 novembre 1978, Alain Colas vogue en tête, pour cette première édition de la Route du Rhum. Manureva, son voilier, est l’ancien Pen Duick IV ; de son mentor Eric Tabarly. Le navigateur hors pair envoie un dernier message. Éclate une tempête, Alain Colas ne donnera plus jamais de nouvelle.

Ce qui pique notre intérêt : "C’est une disparition singulière. On en a noirci des pages sur Alain Colas. Certains ont dit qu’il avait programmé sa disparition. D’autres que le bateau était en très mauvais état. L’épave s’est peut-être tout simplement disloquée", rapporte Michel L’Hour.

Les recherches : Pendant 20 jours, les secours tenteront de retrouver le trimaran, sans succès : "A mon avis, on ne le retrouvera jamais", estime Gérard Piouffre. Où la tempête l’a-t-elle conduit ? Personne ne sait." 

L'histoire est encore inscrite dans l’imaginaire collectif. Serge Gainsbourg écrira d’ailleurs pour Alain Chamfort une chanson éponyme, sortie en 1979. "Le fait qu’il existe une chanson prouve que cet événement a marqué", analyse Michel L’Hour. 

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