Le Sénat rend hommage au père de la pilule, Lucien Neuwirth, à l'origine il y a 50 ans d'une loi sur la légalisation de la contraception.

Grâce à son combat pour la légalisation de la contraception, Lucien Neuwith (à droite), "préparé le terrain" à la loi Veil du 17 janvier 1975, qui a légalisé l'avortement.
Grâce à son combat pour la légalisation de la contraception, Lucien Neuwith (à droite), "préparé le terrain" à la loi Veil du 17 janvier 1975, qui a légalisé l'avortement. © AFP / Photo d'archive

Avec quelques mois d'avance, le Sénat rend hommage ce jeudi à l'ancien élu gaulliste Lucien Neuwirth, surnommé "le père de la pilule", qui fit voter, il y a 50 ans, la légalisation de la contraception.

La loi sur "la régulation des naissances" a été promulguée le 28 décembre 1967. Une loi qui a fortement contribué à l'émancipation féminine.

Pour cet anniversaire symbolique, un timbre commémoratif sera mis en vente dans le réseau postal à partir de vendredi.

"Principe fondateur de l'égalité entre les femmes et les hommes"

"Lucien Neuwirth a pris beaucoup de risques pour défendre une position qui était extrêmement novatrice à l'époque : ne pas considérer les femmes uniquement par leur fécondité. C'est le principe fondateur de l'égalité entre les femmes et les hommes", a estimé Chantal Jouanno (UDI-UC), présidente de la Délégation aux droits des femmes du Sénat.

C'est le jour de son 42ème anniversaire, le 18 mai 1966, que Lucien Neuwirth, alors député UNR (ancêtre du RPR) de la Loire, déposa sa proposition de loi, dans la France très conservatrice d'avant mai 68. Il avait su convaincre le général de Gaulle, pourtant choqué lorsque le candidat de gauche à la présidentielle de 1965, François Mitterrand, avait proposé d'abroger la loi nataliste de 1920 qui interdisait la contraception, l'avortement et toute "propagande anticonceptionnelle".

Pour emporter l'aval du chef de l'Etat, Lucien Neuwirth, ancien élu municipal de Saint-Etienne, lui exposa les ravages des grossesses non désirées et des avortements clandestins. "C'est vrai, transmettre la vie, c'est important ! Il faut que ce soit un acte lucide, continuez", lui avait alors répondu le général.

Malfaiteur public, fossoyeur de la France, assassin d'enfants

Lucien Neuwirth, ancien résistant engagé à 19 ans dans les forces de la France libre, fut à l'époque l'objet de violentes attaques, y compris de la part de sa propre famille politique. Dénoncé comme "malfaiteur public", "fossoyeur de la France" ou encore "assassin d'enfants", l'élu avait découvert à Londres la "gynomine", un contraceptif en vente libre.

Sa proposition de loi finit par être discutée au Parlement à partir de juillet 1967, et fut adoptée en décembre. Le général de Gaulle promulgua la loi le 28 décembre 1967, depuis Colombey-les-deux-Eglises où il passait les fêtes en famille. Il faudra cependant attendre plus d'un an pour les premiers décrets d'application, qui s'échelonneront jusqu'en 1972.

Droit à l'éducation à la sexualité

Au-delà de la légalisation de la contraception, Lucien Neuwirth "s'est bagarré, avec le Planning familial, pour l'accès à l'information", a souligné Véronique Séhier, co-présidente du Planning. La loi de 1967 a en effet institué les établissements d'information, de consultation et de conseil familial (EICCF) et les centres de planification ou d'éducation familiale (CPEF), pour accompagner la diffusion des méthodes contraceptives.

Elle a également "préparé le terrain" à la loi Veil du 17 janvier 1975, qui a légalisé l'avortement.

Lucien Neuwirth, qui devint sénateur de 1983 à 2001, a par ailleurs défendu "avec détermination" le droit à l'éducation à la sexualité pour les jeunes, par exemple lors des débats sur la loi Aubry de 2001, a ajouté Mme Séhier.

Un anniversaire symbolique sur fond de mouvements "régressifs"

Il est important de rappeler son combat, à l'heure où "il y a des volontés extrêmement fortes de régression", a estimé Chantal Jouanno. "On entend de plus en plus, avec le mouvement Sens Commun et la Manif pour tous, qu'il y aurait une place naturelle des femmes et des hommes dans la société. Si on considère qu'il y a un ordre biologique qui s'impose à la loi, il n'y a pas d'égalité possible".

Lucien Neuwirth est décédé en 2013, à 89 ans.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.