Le syndicat des internes en médecine, l'ISNI, a lancé un questionnaire en septembre auprès de ses étudiants, pour évaluer la part du sexisme subie au quotidien dans le milieu hospitalier. Le résultat est éloquent : 61% des étudiantes disent avoir été victimes de sexisme ordinaire.

Selon l'étude menée par l'ISNI auprès de 3000 étudiants, 8,6% d'entre eux déclarent avoir été harcelés sexuellement, avec contacts physiques et gestes non désirés.
Selon l'étude menée par l'ISNI auprès de 3000 étudiants, 8,6% d'entre eux déclarent avoir été harcelés sexuellement, avec contacts physiques et gestes non désirés. © Getty / Thomas Northcut

Les étudiantes en médecine sont-elles victimes de harcèlement et de sexisme ? C'est ce qu'a voulu confirmer le syndicat des internes, l'ISNI, qui a lancé un questionnaire en septembre auprès des étudiants en médecine, dans un milieu où le sexisme au quotidien se cache souvent derrière la tradition longtemps revendiqué de "l’humour carabin". 

Sur quelque 3.000 réponses, les 3/4 venant d'étudiantes : 8,6% déclarent avoir été harcelés sexuellement, avec contacts physiques et gestes non désirés, et surtout, 61% des étudiantes disent avoir été victimes de sexisme ordinaire... Un sexisme qui a influencé certaines dans leurs choix de carrière, préférant éviter certains services ou spécialités.

Type de harcèlement décrit par les internes en médecine interrogés par l'INSI
Type de harcèlement décrit par les internes en médecine interrogés par l'INSI / INSI

Les supérieurs donnent l'exemple

Selon cette étude, 88,4% des internes déclarent avoir été témoins de blagues sexistes dont 35% de manière répétée, et dans presque la moitié des cas, les actes proviennent d'un supérieur hiérarchique (Médecin, ou, dans 10% des cas, le chef de service).

Qui sont les auteurs de harcèlement sur les internes en médecine
Qui sont les auteurs de harcèlement sur les internes en médecine / ISNI

Mélanie, 31 ans, aujourd'hui médecin généraliste, se souvient notamment d'un chef quand elle était interne à l'hôpital, alors qu'elle devait encore valider son stage. Pour elle, les couloirs de l'hôpital ne sont rien, comparé aux blocs opératoires, beaucoup plus redoutables : "C’est un milieu confiné où le patient est endormi, donc il n’y a pas de témoin, et le chirurgien est en position de donneur d’ordre".

Un exemple : le chirurgien demande un instrument qui s’appelle un écarteur, il dit 'écarteur !'. Et puis il va regarder l’interne qui est en face de lui, et lui dire 'ça, tu sais faire, hein, les cuisses, tu aimes bien les écarter!'

►"J’étais mal à l’aise, mais tout le monde en rigolait, du coup on rigole, on laisse passer" : Véronique Julia a recueilli le témoignage de Mélanie, médecin généraliste, qui se souvient du sexisme qu'elle a subit pendant son internat

Le Tumblr "Paye ta blouse"("Témoignages de sexisme en milieu hospitalier"), dresse d'ailleurs, depuis plusieurs mois, un florilège des phrases entendues dans les couloirs ou au bloc opératoire :

Les femmes encore mal considérées

Dans un milieu où les femmes sont d'autant plus présentes, elles sont pourtant encore largement moins considérées que les hommes. Malgré les données issues des résultats aux épreuves nationales de 2012 à 2016, qui montrent une moyenne de 58% de femmes. 

Mais le sexisme vient aussi des patients, qui, quand ils croisent une femme en blouse, pensent d'abord qu'elle est infirmière, et s'adressent plus volontiers a des hommes : selon l'étude menée par l'INSI, lorsqu’un interne 'homme' entre dans la chambre d’un patient, dans 1,50% des cas, il est pris pour l’infirmier. En revanche, lorsqu’une interne 'femme' entre dans la chambre d’un patient,  elle est considérée comme infirmière presque 3 fois sur 4 (dans 71,50% des cas). Preuve, que dans l'esprit des patients, l'expertise médicale est encore largement associée aux hommes.

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