Chaque année, plusieurs centaines d’enfants sont victimes de cette forme de maltraitance. La Haute Autorité de santé publie de nouvelles recommandations pour endiguer ce fléau.

Le syndrome du bébé secoué touche des centaines d'enfants chaque année en France
Le syndrome du bébé secoué touche des centaines d'enfants chaque année en France © Maxppp / fotototo

On compte en France chaque année entre 14 et 56 cas manifestant le syndrome du bébé secoué pour 100 000 enfants de moins d’un an. Chaque année, au moins 200 bébés font l'objet de violences, de traitements brutaux, conduisant à une quarantaine de décès. Ces chiffres sont surement en dessous de la réalité car ils n’intègrent que les enfants conduits à l’hôpital.

Les victimes gardent des séquelles souvent irréparables : lésions du cerveau entraînant des déficiences intellectuelles, paralysie, cécité, épilepsie, troubles du comportement...

Les secousses en cause sont toujours violentes. Le plus souvent, un adulte saisit le thorax du bébé sous les aisselles. Le fait de le secouer violemment provoque un ballottement du cerveau dans la boite crânienne et un traumatisme crânien.

La Haute Autorité de santé présente ce vendredi au ministère de la Santé de nouvelles recommandations sur le sujet. Les dernières dataient de 2011. Depuis, les recherches ont avancé. Ces nouvelles recommandations concernent le diagnostic : comment l'établir précisément ?

Des séquelles parfois très lourdes

Nathan avait quatre mois quand il a été secoué par sa nourrice. Il en garde de lourdes séquelles. Aujourd'hui, à 10 ans, il accuse un retard mental et moteur, connaît des difficultés dans les apprentissages et a besoin d'une attention constante de la part de son entourage dont son père David :

Nathan a le lobe gauche atrophié. La moitié de son corps ne répond pas. Il a été secoué plusieurs fois. La violence du choc qu'il faut pour arriver à déchirer les veines du cerveau !

Le profil des victimes est souvent le même

La plupart du temps, les victimes sont des nourrissons de moins de 1 an et, dans deux cas sur trois, de moins de 6 mois. Le plus souvent des petits garçons, étant nés prématurés ou dont la naissance est liée à des complications médicales, ayant été séparés de leur mère en période néonatale, issus de grossesse multiple, rapprochée ou non désirée. L'enfant est souvent inconsolable lorsqu'il pleure, rencontre des difficultés alimentaires, des difficultés d’acquisition d’un rythme de sommeil régulier ou des troubles du sommeil .

Tous les milieux socio-économiques, culturels, intellectuels peuvent être concernés comme dans les violences conjugales. Cependant, la précarité (bas niveau d’études et de revenus, jeune âge de la mère), l’isolement social et familial sont des facteurs de risque supplémentaires.

Les auteurs sont souvent récidivistes

Les principaux auteurs identifiés sont dans la majorité des cas un homme adulte vivant avec la mère (que ce soit le père de l’enfant ou le compagnon de la mère), ou la gardienne de l’enfant (assistante maternelle, nourrice non agréée).

Elles contiennent aussi des messages sur les comportements à adopter à l'encontre de tous ceux qui ont en charge des bébés. Par exemple : ce message aux parents et nourrices:

Si vous ne supportez plus les pleurs du bébé : couchez-le sur le dos dans son lit car il ne craint rien, sortez de la pièce et faites vous aider.

Les spécialistes ont constaté récemment que les épisodes de secouement se répètent dans la majorité des cas. La méconnaissance du diagnostic expose au risque de récidive et donc de séquelles sévères persistantes ou de décès. Le coût humain et financier de ce syndrome est considérable.

Les symptômes restent difficiles à identifier

Une atteinte neurologique grave peut être évoquée d’emblée, associant des troubles aigus de la vigilance et de la conscience. Mais parfois, les symptomes sont plus sournois, et difficiles à identifier.

Pour ne pas passer à côté de cette maltraitance, la Haute Autorité de santé insiste entre autres dans ses recommandations sur la formation des médecins. Comment poser le bon diagnostic ? Le docteur Anne Laurent-Vannier a présidé ce groupe de travail :

Ce sont des lésions très particulières, des hématomes que l'on ne retrouve que dans des accidents de la voie publique très violents.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.