Dans nos sociétés toujours en quête de rentabilité, alors qu'éclatent les scandales managériaux chez Lidl, Free et même à l'hôpital… faisons un point sur le burn-out.

Le "takotsubo" : une forme particulière de burn-out
Le "takotsubo" : une forme particulière de burn-out © Getty / Martin Poole

La journaliste Danièle Laufer a été victime d'un Tako Tsubo : une forme de burn-out qui touche le coeur et peut aboutir sur une crise cardiaque. Elle raconte son expérience au micro de Mathieu Vidard.

Danièle Laufer raconte son expérience du Tako Tsubo

Danièle Laufer : "Je me suis battue pendant neuf ans dans une entreprise dans laquelle j'ai été très malheureuse, tout en étant extrêmement heureuse du travail que je faisais parce que j'aime énormément mon travail. J'ai été reclassée, pas très bien accueillie, je me suis retrouvée dans une entreprise extrêmement hiérarchisée dans laquelle il était difficile d'être autonome et responsable et j'en ai beaucoup souffert.

Un jour, à la suite d'un incident qui peut paraître totalement anecdotique, j'ai littéralement explosé en vol, je me suis retrouvée en soins intensifs cardio : on m'a annoncé que je faisais un infarctus. J'ai cru que j'allais mourir et finalement c'était un Tako Tsubo.

Evidemment, en bonne journaliste , j'ai essayé de comprendre ce qu'était un Tako Tsubo : j'ai découvert que c'est le cœur qui se cabre parce qu'il subit trop de stress. Le ventricule gauche se déforme, prend la forme d'un piège à poulpe (ce que signifie Tako Tsubo en japonais, ça a été identifié dans les années 90 au Japon) et puis, au bout de 48 heures il reprend sa forme. On ne sait rien de plus".

Le Tako Tsubo, une maladie plus courante qu'on ne le pense ?

Ce mal est aujourd'hui sous-diagnostiqué car ses symptômes sont exactement ceux d'une crise cardiaque. "Si vous mourez, on va dire que vous êtes mort d'une crise cardiaque. On n'ira pas vérifier ce qui s'est passé" note la journaliste.

Elle ajoute : "Si vous vous êtes extrêmement fatigué, essoufflé et qu'au bout de trois jours, tout rentre dans l'ordre, on ne saura jamais que vous avez peut-être fait un Tako Tsubo"

Danièle Laufer : "Il y a un contrat entre les gens qui travaillent et les gens qui les emploient. La responsabilité de l'entreprise, c'est quand même de donner de bonnes conditions de travail aux gens qu'elle emploie, il suffit pas donner un salaire!
Danièle Laufer : "Il y a un contrat entre les gens qui travaillent et les gens qui les emploient. La responsabilité de l'entreprise, c'est quand même de donner de bonnes conditions de travail aux gens qu'elle emploie, il suffit pas donner un salaire! © Getty / Toledano

Le "syndrome du cœur brisé"...

On appelle aussi le Tako Tsubo "syndrome du cœur brisé" (ou cardiomyopathie), il est causé par un choc émotionnel très violent : rupture amoureuse, décès… mais aussi, comme de chagrin de travail : "le cœur brisé , on en parle surtout pour un chagrin d'amour, mais moi, j'en ai parlé pour un chagrin de travail. On entretient quand même aussi une sorte d'histoire d'amour avec son travail : on met tellement de soi dedans, on passe plus de temps au travail finalement qu'avec les gens qu'on aime… Il y a quelque chose de très profond qui est finalement assez proche du lien amoureux".

Une étude, publiée en 2015 dans la revue _New England Journal of Medicine,_ a montré que ce syndrome est associé à un nombre de complications médicales et de décès beaucoup plus important que les médecins ne l'imaginaient jusque là. Ce mal est cependant encore globalement assez mal connu aujourd'hui scientifiquement (à noter que les scénaristes de séries TV en revanche se sont emparés de cette maladie au nom évocateur : vous en avez sans doute déjà entendu parler si vous suivez Dr House (saison 3, épisode 11) ou Scrubs (saison 6, épisode 4))

Le burn-out : un mal caractéristique de notre civilisation

Danièle Laufer reconnaît elle-même qu'elle a eu du mal à prendre de la distance avec son travail :"On m'a dit que je m'investissais trop, qu'il fallait prendre de la distance… On m'a dit beaucoup de choses mais je mettais mon nom, mon honneur, l'honneur des gens que j'ai interviewé…"

Pour Pascal Chabot, philosophe (auteur de _Global Burn out_), l'importance que Daniel Laufer a accordé dans sa vie à son travail n'est pas du tout un cas isolé :

La reconnaissance est en crise aujourd'hui, à l'heure où il y a un remplacement de certains travailleurs par les délocalisations et à l'heure aussi où le spectre, conscient ou inconscient, de la robotisation emmène une question sur le remplacement de certains humains par des machines.

Quand l'entreprise provoque colère et amertume... et que les risques psycho-sociaux se multiplient.
Quand l'entreprise provoque colère et amertume... et que les risques psycho-sociaux se multiplient. © Getty / Tara Moore

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