[scald=218577:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le patronat et l'opposition sont vent debout contre l'amnistie sociale pour les syndicalistes votée mercredi au Sénat dans laquelle ils voient un chèque en blanc à la violence, tandis que les socialistes s'efforcent de recadrer le texte.

Le Front de gauche, en particulier Jean-Luc Mélenchon, a dû taper du poing sur la table pour faire passer (par 174 voix contre 171), dans un premier temps au Sénat, cette proposition de loi en dépit de l'embarras des socialistes.

Le texte prévoit d'annuler les condamnations pénales et les sanctions disciplinaires pour les atteintes aux biens commises entre le 1er janvier 2007 et le 1er février 2013 et passibles de cinq ans de prison au maximum.

Mais les faucheurs anti-OGM ne peuvent pas prétendre en bénéficier et les menaces contre les personnes dépositaires de l'autorité publique en ont été exclues.

"Le gouvernement sur ce sujet a toujours dit qu'il fallait respecter un équilibre entre la légalité républicaine - évidemment toutes ces actions doivent s'inscrire dans le respect de la loi - et en même temps le droit syndical", a expliqué vendredi Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, sur France 2.

Les députés socialistes ont fait savoir pour leur part qu'ils seraient vigilants. "Il y a eu un bon travail des sénateurs socialistes pour rendre le texte 'potable'. Il est possible que nous devions le compléter", a dit Philippe Martin, vice-président du groupe PS, au Figaro.fr.

Le texte sera examiné à l'Assemblée nationale le 16 mai, dans le cadre de la prochaine niche du groupe communiste et Front de gauche.

Mais Jean-Luc Mélenchon a exprimé sa colère, estimant qu'il a été vidé de son contenu.

"Ce que j'ai vu au Sénat m'a consterné. J'ai vu des socialistes et des radicaux - c'est eux les plus épouvantables - à vouloir mégoter, retirer de la loi ceci ou cela", a-t-il dit jeudi sur BFM TV.

UN TEXTE STUPÉFIANT, DIT PARISOT

La présidente du Medef, Laurence Parisot, avait d'emblée dénoncé mercredi la proposition de loi, y voyant "un appel à encourager la destruction et le cassage" et un obstacle au dialogue social.

Elle est revenue à la charge vendredi sur Europe 1, jugeant "stupéfiant d'imaginer qu'il puisse y avoir une amnistie pour un petit nombre de personnes qui ont commis des délits, qui ont été constatés par la police."

Elle a été suivie par la CGPME, dénonçant un texte scandaleux et demandant que, s'il devait être maintenu, il soit étendu aux dirigeants d'entreprises condamnés pour délit d'entrave.

A l'UMP, l'indignation est également manifeste. "C'est un texte absolument clientéliste, un texte d'injustice et de lutte des classes", a dit Hervé Mariton, député de la Drôme.

Valérie Pécresse, députée des Yvelines, a tonné contre le "silence assourdissant et irresponsable" de François Hollande.

Vendredi, l'ancien ministre UMP du Budget Eric Woerth a estimé que "le Sénat avait pris une décision ahurissante avec la garde des Sceaux" Christiane Taubira.

"C'est un chèque en blanc à la violence alors que souffle dans le pays un vent de colère absolument considérable et c'est une gifle au dialogue social", a dit le député de l'Oise sur Europe 1.

L'ancien président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a demandé la saisine du Conseil économique, social et environnemental (CESE) avant l'examen à l'Assemblée.

Cette proposition de loi, déclare l'élu dans un communiqué, a été adopté "sous la pression inadmissible d'une manifestation de syndicalistes instrumentalisés par Jean-Luc Mélenchon".

L'article 70 de la Constitution permet aux assemblées de consulter le CESE sur "tout problème de caractère économique, social ou environnemental".

Gérard Bon avec Emile Picy, édité par Sophie Louet

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.