INFORMATION FRANCE INTER - L'hôpital Foch, à Suresnes, expérimente depuis plusieurs semaines un médicament habituellement utilisé en rhumatologie pour éviter aux patients atteints du Covid-19 l'entrée en réanimation. Les premiers résultats de l'étude, toujours en cours, sont extrêmement prometteurs.

Le Tocilizumab fait partie des médicaments expérimentés pour empêcher que les cas dégénèrent dans les formes les plus graves (photo d'illustration)
Le Tocilizumab fait partie des médicaments expérimentés pour empêcher que les cas dégénèrent dans les formes les plus graves (photo d'illustration) © AFP / Frédéric Scheiber / Hans Lucas

Dans la plupart des cas, les patients qui meurent du Covid-19 ne meurent pas de leur infection, mais d'une sur-réaction inflammatoire qui détruit leurs tissus. Le système immunitaire s'emballe alors, on parle "d'orage cytokinique".

Ce phénomène survient en général 8 à 10 jours après les premiers symptômes. Il envoie 5% des patients en réanimation, des patients qui nécessitent à ce moment là d'être intubés pour bénéficier d'une ventilation artificielle. Pour éviter ou réduire le nombre de ces cas, l'hôpital Foch de Suresnes expérimente depuis quelques semaines sur ces patients les plus sévères un médicament qui semble prometteur. Le conditionnel s'impose car l'étude n'a pas été publiée encore. Il s'agit de premiers résultats préliminaires. Ce médicament, le Tocilizumab, est habituellement et couramment utilisé en rhumatologie (polyarthrite rhumatoïde).

Moitié moins de patients en réanimation

Pour mener son étude, le service de médecine interne de l'hôpital Foch a comparé deux populations de patients. Au début de l'épidémie, début mars, il ne disposait pas du médicament, une trentaine de patients ont donc été soignés sans y avoir recours. Quand le Tocilizumab est arrivé, 15 à 3 semaines plus tard, l'hôpital a soigné avec ce médicament une trentaine d'autres patients âgés de moins de 80 ans, et il a comparé les deux situations.

Résultat : le traitement réduirait de moitié le nombre de transferts en réanimation et l'intubation des patients. "Je peux vous citer l'exemple d'une patiente de 68 ans qui d'emblée, aux urgences, a nécessité 6 litres d'oxygène pour respirer à peu près correctement. Dans les 6 à 12 heures qui ont suivi, le débit d'oxygène nécessaire est passé à 12 litres. Sept jours après la deuxième dose de Tocilizumab, la patiente était sortie de l'hôpital", explique le docteur Félix Ackermann, qui dirige le service de médecine interne à l'hôpital Foch.

Pas un traitement miracle mais une vraie piste

Avec ce traitement, la question du "timing" semble déterminante. Il ne faut l'administrer ni trop tôt, ni trop tard. Pour bien faire, le médicament doit être donné au moment précis où les patients hospitalisés voient leur état s'aggraver, avec un besoin d'oxygène qui augmente brutalement. Le traitement consiste en une dose, voire deux ; en outre il semble bien toléré, sans effets secondaires notables. Coût de l'injection : 800 à 1.000 euros, quand une journée de réanimation coûte facilement 2.000 euros.

Des résultats consolidés sur deux fois plus de patients doivent désormais confirmer cette étude préliminaire. Même si ce n'est pas un produit miracle, qu'il ne guérit pas tout le monde, le Tocilizumab semble en tout cas une piste prometteuse. Si son efficacité se confirme, en revanche, les cliniciens s'inquiètent déjà d'un risque de pénurie : il s'agit en effet d'une biothérapie qui ne se fabrique pas rapidement à grande échelle.

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