Léonarda
Léonarda © AFP TV / Copie d'écran

Jean-Marc Ayrault a tenté d'éteindre l'incendie dans la majorité après l'expulsion contestée de la jeune Kosovare en promettant de réparer une éventuelle "faute". Manuel Valls, lui, invoque le droit. Dans les lycées, la colère monte.

Après un affrontement avec la ministre du Logement, Cécile Duflot, sur la question des Roms, le ministre de l'Intérieur est de nouveau en butte aux critiques de son camp et de certains de ses collègues pour le renvoi de Leonarda, 15 ans, interpellée le 9 octobre dans le Doubs lors d'une sortie scolaire.

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Manifestations, sits-in, blocage d'établissements

Sit-in, établissements bloqués ou entrées filtrées : une vingtaine de lycées publics parisiens sur un total d'une centaine étaient perturbés en milieu de matinée jeudi.

A la mi journée, plusieurs milliers de lycéens défilaient dans la capitale pour protester contre les expulsions d'élèves étrangers : dans le cortège, parti de la place de la Nation en direction du ministère de l'Intérieur, fusaient des slogans contre Manuel Valls tels que "Khatchik en France, Valls en Arménie ", en référence au lycéen arménien expulsé samedi, ou "Valls dehors ".

Leonarda ne va pas en cours, nous non plus !

La mobilisation s'est étendue hors de la capitale : à Mende, en Lozère, les manifestants étaient une centaine, selon la préfecture. Selon l'Union nationale lycéenne (UNL), le mouvement concerne deux lycées mobilisés sous le slogan : "Leonarda ne va pas en cours, nous non plus ".

A Paris, les lycéens s’estiment "floués" par le gouvernement :

… tandis qu’à Avignon, on promet des blocages, et même…une grève de la faim :

Manuel Valls seul

La question de la démission du ministre de l'Intérieur a été pour la première fois posée publiquement par des élus socialistes, peu nombreux depuis mardi à soutenir Manuel Valls, en déplacement aux Antilles.

Sur Twitter, Frédéric Hocquard, membre de la directin du PS a déclaré:

Quand est-ce qu'on prend une mesure d'éloignement du gouvernement à l'encontre de Valls ?

Enquête administrative

Une enquête administrative a été ouverte mercredi pour vérifier la légalité de la reconduite à la frontière de la collégienne et des siens. Le père de l'adolescente a été expulsé le 8 octobre, la mère et ses six enfants le lendemain : les conclusions de l'enquête seront connues dans 48 heures.

La collégienne vit avec sa famille, loyer payé par les autorités : le reportage de Julie Pietri

A l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault a assuré :

S'il y a eu faute, l'arrêté de reconduite à la frontière sera annulé, cette famille reviendra pour que sa situation soit réexaminée en fonction de notre droit, de nos principes et de nos valeurs

La préfecture assure que la décision est régulière

Manuel Valls, qui s'est entretenu du dossier mercredi matin avec le Premier ministre, et la préfecture du Doubs défendent la régularité de la décision et des reconduites qui ont suivi. La famille était entrée irrégulièrement sur le territoire français le 26 janvier 2009 et a été déboutée à plusieurs reprises de ses demandes d'asile.

Manuel Valls s'est expliqué :

J'ai vu qu'il y a une polémique que je crois stérile, inutile. Je mène une politique ferme, respectueuse du droit, respectueuse des personnes, respectueuse des enfants

Selon la préfecture de Doubs, dirigée par Stéphane Fratacci - qui fut secrétaire général du ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale sous Nicolas Sarkozy -, la famille présentait "d'insuffisantes perspectives d'intégration sociale et économique ".

La réponse se trouve dans les valeurs : réactions socialistes recueillies par Marion Lagardère

Mauvais signal

Le sénateur Luc Carvounas, proche de Manuel Valls, a estimé que le retour de Leonarda et sa famille serait "un très mauvais signal ". On continuerait ainsi à nourrir les extrémismes et les populismes :

Pour le président de l'UMP, Jean-François Copé, "cette mascarade n'a que trop duré ". "Il est urgent que le président de la République assume ses responsabilités et tranche".

Le père de Léonarda condamné en France

La personnalité de Reshat Dibrani vient projeter une ombre sur l’affaire : condamné en France pour des faits de violences présumées sur sa fille et de petits larcins, il n'aurait guère montré en quatre ans de présence sur le sol français de volonté concrète d'intégration.

Toute la famille, ma femme et mes enfants, sont nés en Italie. Ils n'ont rien à voir avec le Kosovo

Les explications de Géraldine Hallot

L'homme affirme en outre avoir menti aux autorités françaises sur l'origine kosovare de sa femme et de ses enfants pour tenter d'obtenir l'asile : "Toute la famille, ma femme et mes enfants, sont nés en Italie. Ils n'ont rien à voir avec le Kosovo ", raconte-t-il. Ils sont nés en Italie et puis nous sommes venus en France. Nous avons menti aux autorités en disant que nous étions du Kosovo."

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