Le Tour sur les bas-cotés. Plus de 10 millions de spectateurs se pressent au bord des routes pour apercevoir la caravane et les coureurs. Une foule aux motivations multiples, mais communiant avec la même ferveur.

Les comtoises de Blumeray

Les villes rivalisent pour accueillir le Tour et même pour être sur le parcours d’une étape. Dans certaines campagnes, c’est même l’animation de l’année.En précédant le Tour 2007 pour France Inter, Philippe Reltien est allé à la rencontre des habitants de ces villages, attendant le Tour et son directeur de l’époque Jean-Marie Leblanc, avec l’impatience d’enfants attendant le Père Noël au pied du sapin.

La bicyclette, un objet d’art

La beauté brute de chacune des pièces d’un vélo permet aux artistes de nourrir leur créativité. Chaque bicyclette recèle ses ressources artistiques insoupçonnées et peut-être ré-interprétée par les plasticiens.Mais même entier, un vélo de course c’est, pour les amoureux du Tour, un objet d’art à part entière.

Quand le ballon concurrence le vélo

Il arrive que d’autres évènements sportifs concurrencent le Tour dans le cœur du public.Wimbledon, quand par hasard un Français arrive dans le dernier carré, mais surtout, la Coupe du Monde de foot. On se souvient de la victoire black-blanc-beur de 1998, terminée comme on le sait quelques heures avant que n’éclate l’affaire Festina.Mais en 2006, sur les bords des routes du Tour, bien des supporters avaient de petits yeux pour cause d’épopée des bleus de Domenech jusqu’en finale d’un mondial conclu sur un coup de tête par une défaite en finale.

La route rétrécit devant les coureurs

C’est une affaire entendue, ce sont les étapes de montagne qui attirent le plus de spectateurs au bord des routes. D’abord, le Tour s’y joue très souvent. Ensuite, comme l’allure ralentit dans les montées, on peut y voir les coureurs plus longtemps et même, les accompagner pendant quelques hectomètres (ce qui reste naturellement interdit). Mais parfois, on frise l’accident.La population comtoise qui n’a pas la réputation d’être la plus exubérante de France, en fait la démonstration sur le Tour de l’an dernier, dans l’ascension de la côte de Plancher-les-Mines.

Le début de l'ascension à Plancher-les-Mines 2012
Le début de l'ascension à Plancher-les-Mines 2012 © L'Equipe / Jérôme Prévost

Blondin et l’imaginaire

Toutes sortes de supporters se pressent sur les bords des routes du Tour. Mais pour saisir ces différences, le talent d’Antoine Blondin, capable de décrire toutes les nuances de ce qu’il voyait depuis la caravane, est irremplaçable. Et il mettait cette subtilité au service de ce qu’il pensait : que le Tour est un spectacle absolu, et porteur d’émotions pour absolument tout le monde.

Un jour, au pied d'une escouade de cyprès en file indienne, j'ai vu, de mes yeux vu, un jeune homme avec des lunettes noires, appuyé sur une canne blanche. Il tendait l'oreille au Tour de France, et tout un visage pathétique pour le humer, s'en imprégner. J'y trouve confirmation que s'il n'offre pas tout le temps quelque chose à regarder, le Tour parle depuis toujours, au moins à l'imagination

"Sur le Tour de France" d'Antoine Blondin (éditions Mazarine, 1979)

Supporters de salon

La majorité des fans du Tour ne peuvent pas se retrouver sur les routes.Aussi, les retransmissions télévisées rassemblent-elles une communauté virtuelle de plusieurs centaines de millions de téléspectateurs. Il souffrent avec les coureurs, vivent l’émoi des supporters, mais sans les coups de soleil, et s’ils passent eux aussi plusieurs heures par jour à sacrifier au rite estival, ils voient beaucoup mieux la course et dans des conditions finalement bien plus confortables.

C’est une réelle souffrance que d’être fan du Tour de France ! Alors que le soleil écrase la ville en vacances et vous invite aux plus exquises randonnés sur les collines verdoyantes, vous vous cloitrez dans votre logement, seul, les volets à demi baissés, coupé du monde pour mieux entrer dans cette autre dimension si mystérieuse. L’âme se déchire entre le plaisir de regarder la course à partir du meilleur promontoire possible (le moelleux fauteuil de cuir) et le lourd regret de ne pas être au ceur même de l’événement, parmi les cris de la foule bariolée, le kaléidoscope insolite de la caravane publicitaire et l’espoir d’apercevoir en vrai ses champions.

"Le Tour de France dans tous ses états" d’Olivier Larizza (Orizons, 2013)

Coursiers

Ce n’est pas eux que le public adule. Pourtant ils forment « le gros du peloton », les obscurs, les sans grades qui s’échinent pour leurs leaders, espérant parfois obtenir un « bon de sortie » afin de se mettre en évidence quelques kilomètres, pour la télé ou quand ils traversent leur village.

C’est la vie de ces soutiers du vélo que Jacques Ertaud a voulu décrire en 1976 dans son documentaire « Autour du Tour », avec des commentaires de l’incontournable Antoine Blondin.

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