C'est un chiffre choc, donné par le ministre de l'intérieur Christophe Castaner : les actes antisémites ont augmenté de 74% l'an dernier, passant de 311 en 2017 à 541 en 2018. Il s'exprimait lors d'un hommage à Ilan Halimi, enlevé, torturé et tué en 2006 parce qu'il était juif.

Tag antisémite dans un cimetière juif à Herrlisheim (Alsace) en décembre 2018
Tag antisémite dans un cimetière juif à Herrlisheim (Alsace) en décembre 2018 © AFP / Sébastien Bozon

Ces derniers jours, plusieurs inscriptions antisémites ont été relevées : "Juden" sur une boutique de bagels dans le IVe arrondissement de Paris, des portraits de Simone Veil barrés de croix gammées dans le XIIIe arrondissement ; enfin, les arbres plantés en mémoire d'Ilan Halimi à Sainte Geneviève-des-Bois ont été coupés. Y a-t-il une résurgence massive de l'antisémitisme en France ? C'est, en fait, assez compliqué à mesurer, explique le service statistique du ministère de l’Intérieur.

Ces chiffres s'appuient sur les faits comptabilisés par le renseignement territorial et sur les procédures de police et de gendarmerie

Le terme d'"actes antisémites" regroupe les violences aux personnes, les atteintes aux biens, ainsi que les menaces, les injures, la provocation et la profanation de sites religieux. Ces chiffres sont établis en recoupant les faits comptabilisés par les services du renseignement territorial, et les procédures de police et de gendarmerie.

Or depuis 2018, l'accent a été mis sur la formation et la sensibilisation des agents à mieux prendre en compte lors d'une plainte, le caractère raciste, antisémite ou xénophobe d'une agression. Depuis l'été dernier, on peut ainsi rédiger une pré-plainte en ligne pour ces faits, ce qui n'était pas possible avant. La communauté juive a aussi été sensibilisée à l'importance de tout signaler, même une injure, même un tweet, de ne rien laisser passer.

Les actes antisémites sont de mieux en mieux pris en compte

Les actes antisémites (comme les actes racistes, mais aussi les violences homophobes, par exemple) sont ainsi de mieux en mieux pris en compte : les chiffres croissent donc, sans que cela signifie que les actes augmentent au même rythme. Ceci précisé, le constat du ministère de l'Intérieur, c'est celui d'une persistance inquiétante des préjugés antisémites, dont une partie liée à l'importation du conflit israélo-palestinien.

Le tout, accompagné d'une décomplexion de la parole antisémite et complotiste, notamment sur les réseaux sociaux, et une banalisation du recours à la violence. Violence qu’on a vu par exemple s’exprimer contre les parlementaires (domicile incendié, permanences taguées).

Des chiffres en-deçà de 2015

Autre fait à noter : ce chiffre de 2018 ne retrouve pas le niveau de 2015, où plus de 800 actes antisémites avaient été comptabilisés. C’est en fait l’ensemble des actes racistes, xénophobes et anti religieux qui avaient explosé dans les trois premiers mois de l’année, juste après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher.

Une augmentation là aussi explicable en partie par une augmentation du nombre de plaintes, dans un contexte de fortes tensions, et par la plus forte propension des agents à retenir le caractère raciste ou antisémite d’un acte. L’effet s’est d’ailleurs estompé après les attentats suivants.

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